LE LABORATOIRE MARION : LA DIFFICILE SUCCESSION (1900-1919)

 

La direction d'Etienne Jourdan (1900-1919)
 
 
A la mort de Marion, le 23 janvier 1900, le conseil de la Faculté des Sciences de Marseille décide de confier la direction du laboratoire à Etienne Jourdan, professeur de physiologie, et ancien élève du précédent. Paul Gourret, lui, n'est semble-t-il pas choisi parce qu'il n'est pas professeur à la Faculté; cependant il conserve son statut de sous-directeur de la station zoologique d'Endoume. 

A son entrée en fonction, le professeur Jourdan propose à la Faculté de renommer, du nom de son fondateur, le bâtiment dont il a désormais la responsabilité. C'est ainsi que le laboratoire de zoologie marine d'Endoume, annexe de la Faculté des Sciences de Marseille s'appellera désormais "Laboratoire Marion", en vertu d'un arrêté ministériel en date du 28 juillet 1900. D'autre part le ministre de l'Instruction Publique, confirme le rattachement du laboratoire Marion, à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes.  
 

 
Pour remplacer Paul Gourret qui meurt le 8 avril 1903, Pierre Stephan, professeur à la Faculté des Sciences de Marseille, est nommé sous-directeur du Laboratoire Marion. Docteur ès-sciences, sa thèse porte sur les tissus osseux des poissons. A cette époque, outre le directeur, le sous-directeur, le pêcheur et le gardien-mécanicien, deux autres personnes travaillent aussi au Laboratoire Marion. Il s'agit d'une part de Jules Cotte, chef des travaux en Zoologie, docteur ès-sciences, dont la thèse portait sur la biologie des éponges, et d'autre part d'un préparateur en Zoologie, du nom de Van Gaver.
 

 

La réorganisation du laboratoire

En 1904, Etienne Jourdan, dans ce qui était les appartements du directeur A.-F. Marion, au deuxième étage, installe divers laboratoires de recherche, notamment en Physiologie, et Chimie biologique. Les aquariums sont remis en état, (sur les douze que comptait la station, huit d'entre eux étaient hors d'usage, leurs vitres étant brisées.) La plupart des installations subissent une révision, ou sont remplacées. Un nouveau concierge-mécanicien, M. Mazière est embauché, à ce moment-là, pour s'occuper, entre autres fonction, de l'entretien des aquariums. Les constructions annexes du bâtiment, installées dans la cour intérieure, et qui servent d'atelier et d'entrepôt pour abriter les animaux destinés aux expériences, subissent eux aussi une rénovation.

 

Le début des difficultés

Pourtant, le Laboratoire Marion va connaître une période difficile, qui commence par la suppression du poste de sous-directeur, en 1908. En effet, après le décès de Pierre Stephan, au mois de décembre 1907, le poste n'est pas remplacé.

Les crédits s'avèrent apparemment insuffisants, et pour assurer une activité convenable, Etienne Jourdan, et Gaston Darboux, professeurs de zoologie à la Faculté, travaillant sur le site d'Endoume, sont obligés d'utiliser une partie des fonds réservés à leurs chaires respectives.

En ce qui concerne son financement, dès l'origine, le laboratoire d'Endoume bénéficie de trois types de subventions: de la ville de Marseille, du Ministère de l'Instruction Publique, et du Conseil Général. Mais ce dernier décide brusquement, après la mort du professeur Marion, au début du siècle, de supprimer sa participation financière.

 

Des difficultés de tous ordres

Dans un rapport rédigé en juin 1911, le professeur Jourdan indique quelques améliorations, nécessaires , selon lui, à réaliser pour la bonne marche du laboratoire, parmi lesquelles l'électrification du lieu, et l'installation du téléphone, apparemment demandée dès 1907 par le doyen. Le rapport signale de même que le seul bateau que le laboratoire possède se trouve mouillé au Vieux Port, et semble-t-il dans un état assez pitoyable. Dans le même rapport, Jourdan consacre aussi un passage sur l'éventuelle extension du laboratoire dont il a la charge.

Des difficultés de tous ordres commencent à s'accumuler. Par exemple, Jourdan insiste aussi sur la possibilité d'enclore le terrain situé devant le bâtiment, ou bien d'amener la population du quartier à ne plus venir déverser ses ordures sur place, et de remédier si possible au déversements des égouts dans l'Anse des Cuivres, là où plonge l'alimentation en eau de mer de la pompe.

 

Le Laboratoire Marion ne dispose que d'une petite embarcation de pêcheur, désignée dans la région marseillaise sous le terme générique de "bette". Cette barque toute simple ne peut être manoeuvrée semble-t-il que par un seul homme, en l'occurrence le pêcheur M. Mouton, qui travaille à Endoume. Il en a la charge, et s'en occupe quasiment seul. Les jours où le temps permet, il sort en mer, chargé d'instruments de prélèvement, pour recueillir aux endroits qu'on lui a indiqués, des spécimens destinés aux études ou aux aquariums. Avec un engin pareil, les possibilités restent nécessairement limitées à la zone côtière. Pour effectuer des séries de dragages un peu plus loin au large, le laboratoire doit louer les services d'un petit remorqueur, et dans ce cas là les sorties doivent être bien ciblées, car avec son budget de fonctionnement réduit, l'établissement n'a pas les moyens d'utiliser cet engin toutes les fois qu'il le faudrait.

 

En effet, après la suppression de la subvention du Conseil Général, les moyens financiers du laboratoire sont très limités. Chaque année la Faculté des Sciences, lui accorde un crédit pour son fonctionnement, et sur cette somme une partie sert à payer le gardien-mécanicien, ce qui semble représenter assez peu d'argent pour assurer l'activité du centre pendant un an. Pour ce qui est de la municipalité, elle prend en charge le traitement du pêcheur, ainsi que les factures d'électricité et de gaz. Quant aux locaux de la cour, ils sont apparemment plus ou moins laissés à l'abandon.

 

La première guerre mondiale

Cette période de difficultés, sur tous les plans, qui va marquer la direction du professeur Jourdan, culmine avec la guerre de 1914-1918. Au cours de cette période, l'armée a réquisitionné les locaux d'Endoume, comme base de cantonnement des troupes en partance pour les Dardanelles.

La plupart des bacs de poissons ont été vidés pendant les hostilités, pour loger les soldats dans les salles d'aquariums. Cette situation particulière a entraîné des dégradations diverses, et au sortir de la guerre lorsque le laboratoire est rendu à ses activités premières, force est de constater l'état de misère dans lequel il se trouve. Il n'y reste que trois personnes privées d'une grande partie des locaux, alors qu'avant la guerre au moins six personnes y travaillaient.

 

En résumé, au cours de ces années, qui suivent la mort d'Antoine-Fortuné Marion, les recherches du Laboratoire Marion continuent donc sur la voie inaugurée par son fondateur, mais sans les moyens de l'ambition que lui voulait ce dernier. Si avant la guerre, on ne peut parler de "période noire", il n'en demeure pas moins que l'activité du laboratoire apparaît en retrait, sans faits marquants, et l'on peut dire sans réelle politique, ni perspective de développement. Cette situation vient essentiellement du manque d'appui. La première guerre mondiale a marqué une véritable rupture dans la vie du Centre qui pendant quatre ans, a dû arrêter ses activités, et qui va avoir du mal à s'en remettre.