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LA SCIENCE ET L'IMAGINAIRE: DE LA NAISSANCE DE L'OCEANOGRAPHIE AU LABORATOIRE
DE ZOOLOGIE DE MARSEILLE
(1842-1869) |
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Quiconque
voit pour la première fois la Station
Marine d'Endoume, dressée face à la mer, comprend
instinctivement qu'ici, c'est bien la mer le principal sujet d'étude.
Complètement intégrée à la ville de Marseille,
située dans un de ses plus vieux quartiers, de ses fenêtres
le regard s'étend sur la presque totalité du golfe et s'ouvre
sur l'Ile du Planier, vers le large.
Un laboratoire marin est un lieu d'étude et à ce titre partage beaucoup de ses caractéristiques avec d'autres lieux de recherche dans d'autres disciplines. Mais également, compte tenu de son centre principal d'intérêt, ce n'est pas un laboratoire comme un autre. Le choix de son implantation n'est pas indifférent, contrairement à celui d'un laboratoire de chimie, de physique ou de sciences naturelles. Car c'est aussi un
observatoire et sa structure, sa localisation, voire même son architecture,
participent, en eux-mêmes, des outils scientifiques. A ce titre,
l'histoire de la Station Marine d'Endoume,
comme représentation locale de l'histoire de l'Océanographie,
permet de suivre l'évolution de cette science sur un laps de temps
déterminé . En effet, son temps de vie se confond presque
avec celui de la discipline qu'il illustre.
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Au cours de cette période, la biologie marine, et plus généralement les sciences de la mer, s'émancipent. Dans la seconde moitié du siècle l'Océanographie connaît un essor sans précédent, et ses progrès spectaculaires vont permettre d'améliorer de manière conséquente la connaissance du milieu marin.
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C'est dans ce contexte qu'en novembre
1862, Antoine-Fortuné Marion, entre à la Faculté des
Sciences de Marseille en qualité de préparateur d'Histoire
naturelle. A.F. Marion est, à ce moment-là, recommandé
par son ami le Marquis Gaston de Saporta, à Henri Coquand et Alphonse
Derbès, tous deux professeurs d'Histoire Naturelle. La toute jeune
Faculté des Sciences de Marseille, construite en 1854, et installée
à l'époque dans un immeuble à l'angle des allées
de Meilhan, et des allées des Capucines, (aujourd'hui les allées
Gambetta) ne compte alors, semble-t-il, que quatre professeurs et quelques
élèves. Derbès s'occupant de Zoologie, et de Botanique
travaille sur le développement des oursins, ainsi que sur la reproduction
des algues et leur structure, alors que Coquand assure des cours en Géologie.
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| LE
PREMIER LABORATOIRE DE ZOOLOGIE MARINE DE MARSEILLE
(1869-1889) |
La Ville de Marseille participe elle aussi aux frais de l'installation. Deux aquariums sont installés dans les caves de la Faculté à l'usage du nouveau laboratoire, ce qui permet à ses membres d'entreprendre dès le début l'étude et l'observation de certaines espèces du golfe de Marseille.
Le professeur Charles Lespès, qui est plus zoologiste que Coquand, spécialiste, lui, en Géologie, le remplace auprès de A.F. Marion. Ce dernier, sous la houlette du nouveau maître, oriente ses recherches vers la Zoologie. Ainsi prépare-t-il deux thèses, l'une en Géologie, sur Les formations quaternaires des Bouches-du-Rhône, l'autre en Zoologie, sur Les Nématoïdes errants du golfe de Marseille.
Mais pressé sans doute par la menace d'une guerre imminente entre la France et l'Allemagne, il décida de rapidement passer son doctorat, en présentant sa thèse de Zoologie à Paris en juillet 1870, la seule qu'il avait achevée, juste avant que n'éclate la guerre.
Marion, après
les Nématoïdes, s'est penché sur l'étude des
Némertes, Il a observé, et mis en lumière qu'une catégorie
particulière de ces organismes était hermaphrodite. Il a
aussi étudié les Annélides du golfe de Marseille.
et a observé de manière expérimentale la reproduction
hybride chez les Echinodermes.
Bien que spécialisé,
en Zoologie marine, Marion continue à s'intéresser à
la Géologie ainsi qu'à la Botanique. Esprit ouvert il baigne
déjà dans une certaine conception de la pluridisciplinarité,
celle qui va faire la force de l'Océanographie moderne.
Le contexte scientifique national et international de la création du laboratoire de zoologie marine de Marseille
Cette expérience
marseillaise, n'est pas isolée, loin de là; elle s'inscrit
même dans un contexte scientifique plus large, au sein duquel la
Zoologie marine trouve progressivement sa place. En France, sous le Second
Empire la Station marine de Concarneau avait vu le jour. Mais cette politique
est plus générale, tant sur le plan national qu'international.
Cette nouvelle science va faire appel à des stations permanentes
à terre, comme Roscoff, ou Banyuls.
C'est là notamment que vinrent l'embryologiste Kowalewski de l'Université d'Odessa, avec qui Marion publie de nombreux travaux, dans les Annales du Muséum d'Histoire Naturelle de Marseille (en 1883, Histoire embryogénique des alcyonaire et, en 1887, Contributions à l'histoire des solénogastres, ou aplacophores), mais aussi les professeurs Krukenberg et Linarès de l'Université de Valladolid, ou Bobretzky de Kiev. C'est avec ce dernier, que A.F. Marion va réaliser en 1874 un mémoire sur les Annélides du golfe de Marseille.
Le laboratoire accueillit aussi un effectif croissant d'élèves candidats aux examens de licence et de doctorat. Citons parmi eux, Jourdan, Roule, Vayssière, ou Gourret, qui tous ou presque vont être amenés à jouer un rôle dans l'histoire de cet Etablissement,mais également dans l'histoire de la communauté scientifique de la ville, comme cela va être le cas pour Albert Vayssière. En novembre 1873, ce jeune élève de Marion va entrer comme préparateur au laboratoire de Zoologie. A. Vayssière publie ses premières observations sur les animaux marins en 1874. En 1876, il passe sa licence et devient préparateur en Zoologie. Il deviendra directeur du Laboratoire Marion en 1921. Le cercle sera ainsi bouclé: "l'école" de Marion était pérennisée puisqu'un de ses élèves assurera les mêmes fonctions que le maître.
On peut dire que de cette époque du Laboratoire de Zoologie des Allées Meilhan date la volonté de former non seulement des scientifiques, qui vont essaimer un peu partout, mais aussi les futurs hommes de sciences locaux, qui vont assurer la relève. C'est en cela que l'on peut déjà parler d'une école marseillaise spécifique.
Le 22 janvier 1876, lors de la création d'une chaire de Zoologie à la Faculté des Sciences de Marseille, A.F. Marion fut naturellement le premier à l'occuper.
Il s'illustre par ses travaux scientifiques dans trois domaines essentiellement : la zoologie, la paléontologie végétale, et la zoologie appliquée à l'agriculture et à l'industrie des pêches.
Les résultats de ces campagnes, vont permettre au professeur Marion de publier un nouveau mémoire : Considérations sur les faunes profondes de la Méditerranée d'après les dragages opérés au large des côtes méridionales de France.
En 1882 et 1883, A.F. Marion fait construire à La Ciotat un bateau à voile latine, le MAGALIA, pour les recherches du laboratoire, et charge un patron-pêcheur du nom d'Armand Joseph de s'en occuper. A.F. Marion va ainsi effectuer des dragages dans le golfe de Marseille, avec l'aide d'A. Joseph, et de la nouvelle embarcation. Cette série de dragages va contribuer à enrichir son travail, et lui permettre de sortir son Esquisse d'une topographie zoologique du golfe de Marseille en 1883, ce mémoire aborde des problèmes liés à la géologie ou au benthos,
Des scientifiques étrangers, russes, anglais, italiens, ou espagnols, fréquentent ce laboratoire pourtant modeste, et y trouvent largement matière à alimenter leurs études, cela notamment à cause de la diversité que renferme le golfe de Marseille. La publication de leurs travaux effectués au laboratoire, dans les Annales du Muséum d'Histoire Naturelle de Marseille, et dans d'autres recueils scientifiques, contribura à faire connaître celui-ci.
Mais le fait est que ces filets ont tout de même une influence sur les fonds marins, et il semble que les zoologistes marseillais se soient préoccupés de ce problème.
Pour remédier à ce dépeuplement, A.-F. Marion et P. Gourret envisagent l'implantation de cantonnements où la pêche serait interdite, ou du moins fortement limitée, et où l'on pourrait envisager l'élevage de certaines espèces. Cette idée est notamment appuyée, à l'époque par les départements de la Marine, et de l'Agriculture qui sont prêts à subventionner la future station d'Endoume.