Laminaria rodriguezii Bornet
Description sommaire :
Contrairement à la plupart des autres espèces de Laminaires, Laminaria rodriguezii n’est pas fixé au substrat par un stipe et un crampon unique, mais par un stolon rampant, sur lequel se développent un certain nombre de frondes dressées. Les stipes sont relativement courts (ne dépassant pas 10 cm de longueur), cylindriques (5 mm de diamètre environ), un peu comprimés au sommet. Les frondes peuvent dépasser un mètre de longueur, et 30 cm de large, sur le sec, leur couleur est d’un brun jaunâtre assez clair (BORNET, 1888 ; FELDMANN, 1934 ; HUVE, 1955).
Distribution géographique :
Cette espèce est endémique de la Méditerranée ; elle a été signalée en un nombre relativement faible de localités, surtout si l’on considère que, contrairement à d’autres algues, elle passe difficilement inaperçue :
En Espagne : En Catalogne elle n’est connue avec certitude que de Tossa de Mar (BALLESTEROS, 1983) ; Baléares (BORNET, 1888) où elle est considérée comme abondante (RIBERA, 1983) ; Valence (BARCELO i MARTI, 1985 ; BOISSET, 1987) ; îles Columbretes (BOISSET & GARCIA-CARRASCOSA, 1987) ;
En France : Banc du Magaud (HUVE, 1955), Cap Corse (MOLINIER, 1960), à Rivellata,Corse (FREDJ, 1972) et îles Sanguinaires, Corse (MOLINIER, 1960) ;
En Italie : Archipel toscan (PIGNATTI et RIZZI-LONGO, 1971-72), Ustica, Pianosa, Montecristo, Stromboli (GIACCONE, 1969b), Favignana, Siracusa (GIACCONE, COLONNA et al., 1985) ;
En Yougoslavie : îlot de Jabuka (ERCEGOVIC, 1957) ;
En Tunisie : La Galite (FELDMANN, 1961), Banc des Sorelles (FELDMANN, 1931), au large du Golfe de Tunis (PERES et PICARD, 1956), Cap-Bon et au large de Sousse (POTTIER, 1929)
En Algérie : Au large d’Alger (HAMEL, 1938).
Ecologie :
Laminaria rodriguezii se rencontre à très grande profondeur (pour une algue) : de 60 à 150 m de profondeur, sur des substrats durs. Il est clair que cette écologie explique peut-être la relative rareté de ses stations connues : cette espèce vit au delà des profondeurs généralement atteintes par les plongeurs sous-marins, et les substrats durs sont difficilement explorables par dragage. Néanmoins, BOISSET & GARCIA-CARRASCOSA (1987) la signalent sporadiquement à 25 m de profondeur seulement, mélangée avec Cystoseira zosteroides et Phyllariopsis brevipe
s.
Les fonds à L. rodriguezii seraient balayés par d’importants courants de fond (PERES et PICARD, 1964).
Menaces :
La relative rareté de ses stations (si elle se confirme), la pratique actuelle des rejets d’effluents pollués ou partiellement épurés à "grande profondeur" (50 à 100 m), et l’augmentation générale de la turbidité en Méditerranée, sont susceptibles de constituer une menace pour L. rodriguezii, qui semble inféodée à des eaux claires et très pures.
Les engins de pêche constituent aussi une menace.
Il est important de remarquer que ses stations, peu accessibles aux moyens classiques d’exploration, ne sont qu’exceptionnellement visitées ; la plupart d’entre elles n’ont été explorées qu’une fois ; quand la signalisation est ancienne, il n’est pas sûr que l’espèce y existe toujours. L’éventuelle régression de L. rodriguezii pourrait donc n’être mise en évidence que très tardivement par rapport à son commencement.
La bibliographie des articles du Livre Rouge est regroupé dans un document à part
Cet article est issu d’un travail réalisé pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’IUCN par les GIS Posidonie en Collaboration avec de nombreux chercheurs méditerranéens et publié sous le titre : Livre Rouge "Gérard Vuignier" des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. 250p. Par BOUDOURESQUE C.F., BALLESTEROS E., BEN MAIZ N., BOISSET F., BOULADIER E., CINELLI F., CIRIK S., CORMACI M., JEUDY DE GRISSAC A., LABOREL J., LANFRANCO E., LUNDBERG B., MAYHOUB H., MEINESZ A., PANAYOTIDIS P., SEMROUD R., SINNASSAMY J.M., SPAN A., VUIGNIER G., 1990. MAP Technical Reports Series N°43, UNEP, Athens, PNUE, IUCN & GIS Posidonie.