L’algue Undaria pinnatifida (Harvey) Suringar
samedi 8 mars 2003
par Vincent Gravez , Professeur Charles-François Boudouresque
Cet article fait partie d’une grande série sur le thème des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. L’ensemble de ce travail a été publié en 1990 sous la forme d’un ’Livre Rouge’ dans les Séries techniques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (voir référence complète ci-dessous).

Undaria pinnatifida (Harvey) Suringar

Description sommaire :

Le sporophyte est en forme de lame, longue de 0,5 à 1,2 m, large de 0,3 à 0,5 m, avec une nervure médiane et des marges plus ou moins découpées. Les sporocystes sont situés dans des sporophylles, expansions très lobées qui se développent de chaque côté du stipe (BEN MAIZ, 1986). Les gamétophytes sont microscopiques (KAMBA, 1936). C’est une algue annuelle.

Distribution géographique :

Undaria pinnatifida
est originaire du Japon ; si elle a été introduite volontairement en Chine et en Corée, où elle est cultivée sur une grande échelle pour sa valeur alimentaire, son introduction fut accidentelle dans l’Etang de Thau, près de Montpellier (France), avec le naissain de l’huître japonaise Crassostrea gigas Thunberg (PEREZ et al., 1981).

Depuis 1982, l’espèce a commencé à se répandre en mer ouverte ; elle a d’abord colonisé le port de Sète (PEREZ et al., 1984). Une station importante est connue à Port-la-Nouvelle (France, Aude), à la sortie en mer du canal reliant l’Etang de Bages-Sigean à la mer (BOUDOURESQUE et al., 1985). Depuis 1988, elle est présente à Port-Vendre (France, Pyrénées-Orientales), vers l’entrée du port (KNOEPFFLER-PEGUY, comm. verb.). Des spécimens de l’étang de Thau ont été volontairement implantés en Bretagne, dans le cadre d’expériences d’aquaculture (PEREZ et al., 1984).

Enfin U. pinnatifida vient d’être signalé de Nouvelle Zelande (HAY et LUCKENS, 1987), où elle semble avoir été introduite accidentellement dans le port de Wellington par des chalutiers coréens ou japonais.

Ecologie :

Dans l’étang de Thau, Undaria pinnatifida colonise les substrats durs et surtout les tables conchilicoles (BEN MAIZ et al., 1986 ; BELSHER et al., 1985). A Port-la-Nouvelle, Undaria pinnatifida se développe entre 0,3 et 1,0 m de profondeur, sur les rochers, en mode relativement calme, de l’automne à la fin du printemps. L’espèce est maintenant bien acclimatée en Méditerranée (Etang de Thau et Port-la-Nouvelle).

Intéressant économiquement (alimentation humaine) mais aussi pour les écosystèmes d’accueil (il est très apprécié par les herbivores : SAN MARTIN, 1985-1986), son introduction n’est pas considérée comme une nuisance.

Menaces :

Il peut paraître paradoxal de placer une espèce introduite accidentellement parmi les espèces menacées. Toutefois, si l’on s’en tient à la définition que nous avons donnée "d’espèce menacée", la rareté et la faible extension spatiale de ses stations connues place Undaria pinnatifida dans la catégorie des espèces que nous prenons en considération ; il est clair néanmoins que son expansion en Méditerranée devrait se poursuivre, et il est probable que sa vulnérabilité actuelle, liée au très petit nombre de ses stations, ne durera guère.

Post Scriptum :

La bibliographie des articles du Livre Rouge est regroupée dans un document à part


Couverture du rapport

Cet article est issu d’un travail réalisé pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’IUCN par les GIS Posidonie en Collaboration avec de nombreux chercheurs méditerranéens et publié sous le titre : Livre Rouge "Gérard Vuignier" des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. 250p. Par BOUDOURESQUE C.F., BALLESTEROS E., BEN MAIZ N., BOISSET F., BOULADIER E., CINELLI F., CIRIK S., CORMACI M., JEUDY DE GRISSAC A., LABOREL J., LANFRANCO E., LUNDBERG B., MAYHOUB H., MEINESZ A., PANAYOTIDIS P., SEMROUD R., SINNASSAMY J.M., SPAN A., VUIGNIER G., 1990. MAP Technical Reports Series N°43, UNEP, Athens, PNUE, IUCN & GIS Posidonie.