Posidonia oceanica (Linnaeus) Delile
Description sommaire :
Les rhizomes rampants (plagiotropes) ou dressés (orthotropes), mesurant jusqu’à 1 cm de diamètre, sont légèrement comprimés, et sont terminés par des faisceaux de 5 à 8 feuilles. Les feuilles sont rubanées, longues de 40 à 140 cm, larges de 7 à 11 mm, avec 13 à 17 nervures. Elles s’insèrent de façon distique. La base des feuilles est engainante, et persiste sur les rhizomes après la chute du limbe, constituant une "écaille" : ces écailles recouvrent de façon caractéristique les parties âgées des rhizomes. Les racines sont relativement épaisses (jusqu’à 4 mm) et très ramifiées (HARTOG, 1970 ; BOUDOURESQUE et MEINESZ, 1982).
Les inflorescences, portées par un pédoncule de 10 à 25 cm de long, comportent 3 à 5 fleurs hermaphrodites ; les ovaires sont terminés par des stigmates très découpés ; les étamines ont des anthères basaux et un filet qui les dépasse (HARTOG, 1970).
Distribution géographique :
La Posidonie est une endémique méditerranéenne ; l’espèce est répandue dans la plus grande partie de la Méditerranée, à l’exception des parages de Gibraltar (MOLINIER et PICARD, 1956) et des côtes d’Israël (LIPKIN, 1977).
Elle est rare sur le littoral languedocien, de la Camargue aux Pyrénées (France), sans doute en raison de la rareté des substrats durs et des mouvements de sédiment trop importants, et devant le delta du Nil (ALEEM, 1955). Sur les côtes syro-libanaises, P. oceanica n’a été trouvé qu’en deux localités (nord-ouest de l’île de Rouad et à proximité de Ras-Ibn-Hani ; THIEBAULT, 1953), où il est très menacé (MAYHOUB, 1976).
L’espèce est absente de la Mer de Marmara, du Bosphore, de la mer Noire et de l’Atlantique (malgré des signalisations douteuses, au siècle dernier, au Portugal et sur la côte basque : HARTOG, 1970).
La signalisation de P. oceanica au Texas par des auteurs américains (CORRELL et JONHSTON, 1970 ; CORRELL et CORRELL, 1972) est due à une grossière confusion avec Thalassia testudinum Banks ex König (Mc MILLAN et al., 1975).
Ecologie :
Posidonia oceanica vit dans l’étage infralittoral (de quelques dizaines de cm jusqu’à 30-40 m de profondeur, en fonction de la transparence des eaux), étage qu’elle caractérise. Elle s’installe sur substrat dur ou meuble, où ses herbiers constituent le principal peuplement climacique (voir le chapitre "Herbier à P. oceanica" dans la partie "Peuplements menacés").
L’espèce craint la pollution (BOUDOURESQUE et MEINESZ, 1982), mais tolère des variations d’amplitude relativement grandes en ce qui concerne la température (AUGIER et al., 1980), l’hydrodynamisme (MOLINIER et PICARD, 1952), et la lumière.
La dessalure est incontestablement un facteur d’absence de la Posidonie (OESTENFELD, 1918 ; BEN ALAYA, 1972) ; d’où son absence plus ou moins marquée aux embouchures des fleuves côtiers (Rhône, Pô, Nil), et son absence de tous les étangs saumâtres du Languedoc, de la côte orientale de Corse et de Tunisie.
Menaces :
L’espèce en elle-même n’est pas menacée de disparition, et les surfaces couvertes, à l’échelle de la Méditerranée, restent importantes, malgré sa régression spectaculaire aux alentours des grands centres industrio-portuaires : Barcelone, Valence, Alicante (Espagne), Marseille, Toulon, Nice (France), côte syro-libanaise, Malte, golfe de Gabès (Tunisie).
La pollution, considérée globalement, constitue la principale menace sur Posidonia oceanica : sa disparition autour des sources de pollution en témoigne. Toutefois, la sensibilité de l’espèce aux polluants pris isolément, aux concentrations effectivement réalisées dans la nature, et dans des conditions expérimentales qui ne permettent que des observations à court terme, n’a pas été clairement démontrée (LIBES, 1986 ; MONNIER-BESOMBES, 1983 ; AUGIER et al., 1987).
La diminution de la transparence de l’eau, sous l’effet de la turbidité ou de l’eutrophisation et du développement du plancton qui en résulte, réduit la quantité de lumière en profondeur. La limite inférieure de l’herbier remonte alors (MEINESZ et LAURENT, 1980, 1982).
La température (pollution thermique) pourrait constituer une menace ; mais, à ce jour, aucune preuve probante n’a été apportée quant à la nuisance réelle d’une forte différence de température ; au contraire, des variations de 20°C ont été enregistrées (AUGIER et al., 1980).
Mesures de protection :
L’espèce est actuellement protégée en France (décret N° 111 NC du 20 i 1982, J.O. du 13 v 1982 ; complété par l’arrêté ministériel du 19 vii 1988, J.O. du 9 viii 1988).
L’extension de la protection P. oceanica, à tous les pays du littoral méditerranéen où elle est présente, apparait comme une nécessité écologique.
La bibliographie des articles du Livre Rouge est regroupé dans un document à part
Cet article est issu d’un travail réalisé pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’IUCN par les GIS Posidonie en Collaboration avec de nombreux chercheurs méditerranéens et publié sous le titre : Livre Rouge "Gérard Vuignier" des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. 250p. Par BOUDOURESQUE C.F., BALLESTEROS E., BEN MAIZ N., BOISSET F., BOULADIER E., CINELLI F., CIRIK S., CORMACI M., JEUDY DE GRISSAC A., LABOREL J., LANFRANCO E., LUNDBERG B., MAYHOUB H., MEINESZ A., PANAYOTIDIS P., SEMROUD R., SINNASSAMY J.M., SPAN A., VUIGNIER G., 1990. MAP Technical Reports Series N°43, UNEP, Athens, PNUE, IUCN & GIS Posidonie.