Une espèce est constituée par "l’ensemble des individus qui échangent librement leur pool de gènes, mais qui à l’opposé ne peuvent pas le faire avec les individus des autres espèces". Toutefois, cette définition se heurte à de nombreuses exceptions, cas particuliers, etc. C’est le cas en particulier des nombreux groupes chez qui la reproduction sexuée n’existe pas, ou n’existe plus (Ascomycètes imparfaits par exemple). En dernière analyse, "l’espèce est ce qu’un bon systématicien considère comme une espèce". Dans le cas des sous-espèces, il y a interfertilité entre elles, mais les pools génétiques différenciés ne peuvent pas se mélanger en raison de barrières écologiques (géographiques par exemple).
Selon la conception que l’on a de l’espèce et de la sous-espèce, il y a 8 000 à 30 000 espèces d’oiseaux dans le monde (le chiffre retenu en général est de 9 000). De même, dans le genre Taraxacum (Astéracées), il y a 4 à 132 espèces en Grande-Bretagne (RAMADE, 1994).
La biodiversité dans le monde
Il y a environ 1 400 000 espèces (faune et flore) effectivement décrites sur la planète, selon WILSON et PETERS (1988). La plupart sont des insectes (750 000 espèces) et des phanérogames (220 000 espèces), groupes uniquement (ou presque) continentaux (Tabl. II). Selon RAMADE (1994), des évaluations plus récentes portent ce chiffre à environ 1 700 000.
Tableau II : Nombre total d’espèces connues, d’après WILSON et PETERS (1988).
| Phylum | Nombre d’espèces | Sous-total et total |
|---|---|---|
| Virus | 1 000 | 1 000 |
| - | - | - |
| Bactéries | 4 700 | 4 700 |
| - | - | - |
| Champignons | - | - |
| Ascomycètes | 28 600 | - |
| Basidiomycètes | 16 000 | - |
| Autres | 2 333 | 46 933 |
| - | - | - |
| Algues | 26 900 | 26 900 |
| - | - | - |
| Plantes vertes | - | - |
| Bryophytes | 16 600 | - |
| Lycophytes | 1 299 | - |
| Filicophytes | 10 000 | - |
| Gymnospermes | 529 | - |
| Monocotylédones | 50 000 | - |
| Dicotylédones | 170 000 | 248 428 |
| - | - | - |
| Protoctista (protozoaires végétaux et animaux) | 30 800 | 30 800 |
| - | - | - |
| Invertébrés | - | - |
| Porifera (éponges) | 5 000 | - |
| Cindaria (méduses, coraux) | 900 | - |
| Plathelmintha (vers plats) | 12 200 | - |
| Nemathelmintha (Nématodes) | 12 000 | - |
| Annelida | 12 000 | - |
| Mollusca | 50 000 | - |
| Echinodermata | 6 100 | - |
| Arthropoda : Insecta | 751 000 | - |
| Arthropoda : autres | 123 000 | - |
| Autres phyla d’invertébrés | 9 300 | 981 500 |
| - | - | - |
| Chordata | - | - |
| Tunicata (Ascidies) | 1 273 | - |
| Agnatha (lamproies) | 63 | - |
| Chondrichtyi (Sélaciens : requins, etc) | 843 | - |
| Osteichtyi (poissons téléostéens) | 18 150 | - |
| Amphibia (Batraciens) | 4 184 | - |
| Reptilia | 6 300 | - |
| Aves (oiseaux) | 9 040 | - |
| Mammalia (Mammifères) | 4 000 | 43 853 |
| - | - | - |
| Nombre total d’espèces connues | 1 384 114 | 1 384 114 |
Le nombre d’espèces marines serait de l’ordre de 160000 seulement, dont environ 130 000 métazoaires (FREDJ et al., 1992) : la biodiversité continentale est donc très supérieure à la biodiversité marine, et ce n’est sans doute pas un artéfact. En revanche, pour ce qui est des grands phylums, ils sont beaucoup plus nombreux en milieu marin que continental : Il y a 28 phylums animaux en milieu marin (dont 13 exclusivements marins), contre 11 phylums animaux en milieu continental (dont un seul exclusivement continental).
En fait, la plupart des espèces présentes sur notre planète n’ont pas encore été recensées. On continue à en décrire des milliers chaque année, pas seulement en Amazonie ou en Nouvelle-Guinée, mais aussi en Méditerranée, et même devant Marseille ou Barcelona. Les mammifères sont le groupe le mieux connu : on n’a décrit que 7 espèces nouvelles depuis le début du siècle ; la dernière ne date que de 1992, c’est le boeuf du Vu Quang ou Saola (Pseudoryx nghetinhensis), un Bovidé découvert au Viet-Nam, dans la jungle située à la frontière avec le Laos. Les bactéries sont l’un des groupes les moins bien connus : on estime que 90 à 95 % des espèces marines n’ont pas encore été décrites. Il en est de même des parasites (Digènes, Trématodes, Crustacés) ; à Iron Island (Grande Barrière, Australie), où l’on a recensé 150 espèces de Madréporaires, 120 espèces de planctontes et 1000 espèces de poissons (en particulier), on estime qu’il doit y avoir 20 000 espèces de parasites. Au total, il y aurait 5 à 30 millions d’espèces sur la terre.
La biodiversité en Méditerranée
En Méditerranée, on a recensé 10 000 à 12 000 espèces marines (faune et flore). Avec 0.8% de la surface de l’océan mondial, elle héberge donc 8 à 9% de sa biodiversité ; c’est donc un pôle de biodiversité. A noter qu’il en va de même pour le domaine continental de la Méditerranée : 1.6% de la surface des continents, et 10% de la biodiversité mondiale ; on y a recensé en particulier 20 000 plantes, dont 38% d’endémiques.
La faune et la flore méditeranéennes comportent environ 20-30% d’endémiques (espèces n’existant pas hors de la Méditerranée), 3-10% d’espèces "pantropicales" (espèces présentes dans toutes les mers chaudes du globe), 55-70% d’espèces "atlantiques" et 5% d’espèces lessepsiennes (entrées en Méditerranée par le canal de Suez).
Le taux d’endémisme en Méditerranée est particulièrement élevé par rapport aux autres mers et océans ; il varie toutefois considérablement selon les groupes (FREDJ, 1974 ; FREDJ et MAURIN, 1987 ; FREDJ et al., 1990 ; GIACCONE, 1974 ; PANSINI, 1990 ; PERES et PICARD, 1964) : 18% chez les Crustacés Décapodes et les poissons, 20% chez les algues, 46% chez les Eponges, 50% chez les Ascidies (sans doute en raison de la courte durée de vie pélagique des larves d’éponges et d’Ascidies).
Les espèces pantropicales sont pour la plupart des reliques du peuplement de la Téthys, avant les crises méssiniennes ; c’était alors une mer tropicale, avec des récifs coralliens (principalement à Porites) et des mangroves. La plupart de ces espèces ont bien sûr disparu lors des crises messiniennes. Comme la communication avec l’Océan Indien et la Mer Rouge est fermée depuis environ 14-18 Ma (STANLEY, 1986), comme la zone tropicale atlantique ne s’est jamais plus approchée de Gibraltar depuis la fin du Messinien (CIFELLI, 1976), et comme la Méditerranée n’a jamais retrouvé les températures élevées caractérisant les mers tropicales (plus de 20°C en hiver), la plupart des espèces pantropicales n’ont pas eu la possibilité de se réinstaller en Méditerranée.
La distribution de la faune et de la flore méditerranéennes est très contrastée en fonction de la profondeur, se concentrant largement aux faibles profondeurs. La flore photosynthétique disparaît entre 50 et 200 m de profondeur (selon les régions et la transparence de l’eau). La faune est présente jusqu’au fond des fosses les plus profondes, mais s’appauvrit très vite avec la profondeur ; par exemple, pour les poissons :
- Entre 0 et 50 m : 434 espèces différentes
- Entre 50 et 200 m : 271 espèces différentes ...
- Entre 1000 et 2000 m : 36 espèces différentes
- Entre 2000 et 3000 m : 7 espèces différentes
- Entre 3000 et 5124 m : aucune espèce.
Ecodiversité
On a décrit en Médirterranée une grande variété de communautés (= biocénoses) ou d’écosystèmes (AUGIER et BOUDOURESQUE, 1971 ; PERES et PICARD, 1964 ; PERES, 1967). Ces communautés se répartissent, de haut en bas, en 5 étages, dont l’amplitude bathymétrique varie en fonction de l’hydrodynamisme (Supralittoral et Médiolittoral) ou avec la transparence de l’eau (les autres étages) :
- L’étage supralittoral est situé au dessus du niveau moyen de la mer. c’est la zone atteinte en général par les embruns marins. Les conditions de vie y sont très dures, de telle sorte que cet étage est relativement pauvre du point de vue biodiversité : le lichen Verrucaria amphibia, le crustacé Ligia italica, le Gastropode Littorina neritoides et des Cyanobactéries.
- L’étage médiolittoral est situé à cheval sur le niveau moyen de la mer. Il correspond à la zone de balancement des vagues et des marées. Les conditions de vie y sont encore très dures, mais le nombre des espèces est un peu plus élevé que dans le Supralittoral : les Rhodophytes Rissoella verruculosa, Nemalion helminthoides, Porphra leucosticta et Lithophyllum lichenoides (l’espèce qui édifie le "trottoir" dont il sera question plus loin), les Mollusques Patella rustica et Monodonta turbinata, le crabe Pachygrapsus marmoratus, les Cirripèdes Chthamalus stellatue et C. montagui, etc.
- L’étage infralittoral commence un peu au dessous du niveau de la mer et descend jusqu’à la limite inférieure des herbiers à Posidonia oceanica. C’est la zone la plus riche, aussi bien du point de vue de la biodiversité que de l’écodiversité (Fig. 4).
- L’étage circalittoral descend jusqu’à la limite inférieure des algues photosynthétiques. La lumière commence à y être un facteur limitant, et seules des algues sciaphiles peuvent y vivre. Dans le Golfe du Lion, il peut ne pas descendre au delà de 45-50 m. En Méditerranée orientale et dans le centre de la Méditerranée occidentale, le Circalittoral peut en revanche descendre jusqu’à 120 m de profondeur ; c’est le cas à Menorca (Baléares) par exemple (VIDAL et al., 1994).
- Enfin, l’étage bathyal descend jusqu’à la plus grande profondeur réalisée en Méditerranée. C’est donc lui qui en occupe (en pourcentage de la surface) la plus grande partie. Il n’y a pas d’étage abyssal en Méditerranée.