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Depuis les premiers balbutiements de la
Vie sur Terre …
Appelées récemment encore Cyanophycées ou algues
bleues, les cyanobactéries font partie des organismes les plus
anciens connus sur la planète. La plupart des procaryotes
fossiles de la fin du protérozoïque seraient ainsi des cyanobactéries.
Celles ci regroupent environ 120 genres et plus de 1500 espèces.
Dotées d’une plasticité écologique extrême, elles peuplent
aussi bien les neiges et les glaciers des pôles que les eaux
thermales les plus chaudes. Planctoniques ou benthiques, elles
croissent en mer comme en eau douce ainsi que dans les eaux sursalées
des marais salants. Abondantes dans les milieux oligotrophes,
certaines ont également colonisé les milieux pollués aérobies
ou anaérobies. Elles constituent un élément important du
phytoplancton de certains étangs piscicoles qui leur doivent des
rendements exceptionnels en poissons. Certaines, enfin, sont
toxiques (Anabaena, Microcystis) pour l’animal et
pour l’homme qui les consomment.
Fonctionnellement, les cyanobactéries se distinguent
de tous les autres procaryotes, y compris des bactéries
photosynthétiques, par leur capacité à réaliser la photosynthèse
oxygénique à partir de l’eau comme donneur d’électron. Le
nom de cyanobactérie (du grec cyano = bleu) indique que ces
organismes possèdent de la phycocyanine, un pigment photosynthétique
accessoire bleu (Golubic et Knoll, 1993).
Devant tant de diversité et d’ubiquité, pourquoi
s’intéresser, à l’IRD, aux cyanobactéries marines
tropicales ?
… aux découvertes les plus récentes
Sans aucun doute, la découverte la plus importante de
ces deux dernières décennies en matière d’écologie marine
tropicale concerne les picocyanobactéries mises en évidence grâce
à l’adaptation de techniques d’observation adéquates. Alors
que l’on savait depuis quelques années déjà qu’une part
importante de la biomasse phytoplanctonique des eaux oligotrophes
appartenait à la plus petite classe de taille (<2 µm), il a
fallu attendre la mise au point du microscope à épifluorescence
et surtout du cytomètre en flux, pour découvrir les organismes
qui la constituaient. Ce furent successivement la découverte des Synechococcus
(Johnson et Sieburth, 1979) puis celle des Prochlorococcus (Chisholm
et al., 1988), deux genres de cyanobactéries qui depuis se
sont avérés extrêmement ubiquistes dans les eaux tropicales et
sub-tropicales. On estime que les Prochlorococcus, hier
encore inconnus, sont présents en si grand nombre dans la mer
qu’ils constituent le groupe d’organismes photosynthétiques
le plus abondant de la planète.
Quant aux Trichodesmium connus depuis plus
longtemps, plusieurs travaux récents dont ceux de Capone et
al. (1997), relancent l’intérêt scientifique de ces
organismes en montrant quel rôle écologique majeur ils jouent
dans la ceinture intertropicale.
Non seulement les cyanobactéries abondent toute
l’année dans tous les milieux marins tropicaux mais surtout,
elles prédominent systématiquement en termes de biomasse et de
production dans tous les systèmes oligotrophes (qui représentent
80 à 90 % de l’océan tropical global).
Certaines cyanobactéries pélagiques ou benthiques
sont capables de fixer l’azote moléculaire N2. Or,
du point de vue biogéochimique, la fixation de N2 est
un processus majeur car elle lève la limitation azotée qui
caractérise les milieux oligotrophes et contribue ainsi à la
« production primaire nouvelle ».
Parmi les cyanobactéries pélagiques, les Trichodesmium
sont capables de former des efflorescences (des « blooms »
pour les anglo-saxons). Or ces efflorescences sont importantes car
elles peuvent avoir des conséquences écologiques, économiques
et sanitaires graves dans les eaux côtières et les écosystèmes
lagonaires.
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