Déterminisme
et potentiel toxique des efflorescences de la cyanobactérie Trichodesmium
dans le lagon de Nouvelle Calédonie.
d'après
un projet PNEC présenté par R. Le Borgne
Les
navigateurs et pilotes d’avion ont observé depuis longtemps des
taches blanches ou des traînées oranges qui parsèment le lagon
des iles du Sud-ouest Pacifique ainsi que les eaux du large.
Confondues souvent avec des émanations de volcans sous-marins ou
de la pollution, elles sont en fait dues à la prolifération
d’une cyanobactérie du genre Trichodesmium. Ceci ressort
d’observations faites dans les lagons de la Grande Barrière
australienne (Revelante et
Gilmartin, 1982 ; Bell, 1992 ; Furnas, 1992 ; Bell et
al., 1999) et de la Nouvelle-Calédonie (Dupouy,
1992). Les Trichodesmium sont constitués de filaments
de plusieurs millimètres de long, les trichomes, qui
s’agglutinent pour former des faisceaux ou des “touffes”.
Bien que dépourvus d’hétérocystes, ces organismes sont
diazotrophes, c’est-à-dire capables de fixer l’azote atmosphérique
(Carpenter, 1983).
Les
causes de ces proliférations sont encore inconnues. On
sait que dans cette région, elles apparaissent plutôt en été
austral, ce qui permet de soupçonner plusieurs conditions de
milieu (Sellner, 1997): la
température (>21°C), la stratification en densité de la
masse d’eau lorsque la mer est calme, l’apport d’origine éolienne
ou terrigène, d’éléments indispensables à la croissance de
la cyanobactérie, diazotrophe mais limitée par d’autres
nutriments qui pourraient être le phosphate ou le fer.
Cinq
espèces constituent le genre Trichodesmium, dont deux T.
erythraeum et T. thiebautii, sont les plus couramment
rencontrées dans les proliférations (Janson
et al., 1995 ; Sellner, 1997). Aucune
identification ne semble avoir été faite, cependant, dans les
lagons néo-calédoniens.
Les
conséquences de ces proliférations sur le milieu
sont, elles aussi, peu connues en ce qui concerne l’aspect
toxicité/nuisance qui nous intéresse ici. Hahn
et Capra, (1992) ont extrait d’une efflorescence de T.
erythraeum le long de la côte australienne, une substance léthale
pour des souris. Ils ont isolé une toxine très voisine de la
ciguatoxine (ou ichtyosarcotoxine), molécule responsable de la
ciguatera ou “gratte”, qui pourrait infecter les animaux
consommés par l’Homme, tels les Mollusques ou les poissons
benthiques. Cette toxicité a été tenue pour responsable de
problèmes de développement des crevettes en milieu naturel, dans
le Golfe de Carpentaria en Australie du Nord (Preston
et al. 1998) et de mortalités massives de crevettes
d’élevage dans le Golfe de Thaïlande (Suvapepun,
1991) et de Nouvelle-Calédonie (Blanchot, com. pers.).
Cependant, elle n’a pas encore été mise en évidence chez
l’Homme, faute probablement d’observations permettant de la
distinguer de celle du Dinoflagellé, Gambierdiscus,
responsable identifié de la ciguatera. Il est généralement
reconnu que seule serait toxique T. thiebautii (Sellner,
1997), ce qui fait penser que la toxine isolée par Hahn
et Capra (1992) appartiendrait en fait à cette espèce et non
à T. erythraeum. Mais il est vrai que l’identification
des trichomes est basée sur des critères morphologiques et
qu’ils peuvent recouvrir des espèces ou des variétés différentes.
| Indépendamment de la toxicité
possible de Trichodesmium, leurs proliférations
ont une influence sur les écosystèmes lagonaires :
exclusion de la plupart des phytophages habituels (à
l’exception notable des copépodes harpacticoïdes, O’Neil
et Roman, 1994 ; O’Neil et al., 1996 ;
O’Neil, 1998), réduction de la pénétration de la
lumière entraînant une mortalité accrue des récifs de
coraux (Endean, 1976),
anoxie (Bell, 1992)
et élévation des taux de métaux potentiellement
toxiques (Jones, 1992)
liée à l’accumulation et à la minéralisation de la
matière organique produite lors de l’efflorescence. |
Le
présent projet se limite aux deux objectifs suivants :
Objectif
1 : Identifier les causes des efflorescences de Trichodesmium
dans les lagons néo-calédoniens, avec, en outre la
détermination de ou des espèces en cause. Cette connaissance
devrait permettre de les prévoir.
Objectif
2 : Evaluer le potentiel toxique des efflorescences de Trichodesmium
et identifier les organismes responsables (espèce ou variété de
Trichodesmium, espèces bactériennes associées aux
trichomes).
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