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Déterminisme et potentiel toxique des efflorescences de Trichodesmium : étude préliminaire en baie de Ouinné (Nouvelle-Calédonie): 3 janvier - 14 mars 2002

R. Le Borgne

 

Cette action s'inscrit pour l'ur099, dans le sous projet TOXI

 

 

Cette opération s’est inscrite dans le cadre du chantier calédonien du PNEC (Programme National Environnement Côtier). Elle a constitué le préliminaire d’une étude ultérieure sur la toxicité et les impacts des efflorescences de Trichodesmium sur l’écosystème lagonaire.

 

Objectifs de la mission

 

Etude des causes des efflorescences de la cyanobactérie coloniale Trichodesmium.

  • Identification des causes des efflorescences: météorologie, hydrologie, sels nutritifs (PO4 et Fe),

  • Identification des cyanobactéries filamenteuses responsables des efflorescences par observations microscopiques et génotypage.

Les participants

Missions de terrain

  • John Butscher: technicien, IRD

  • Miguel Clarque: navigant, IRD

  • Francis Gallois: électronicien, IRD

  • Robert Le Borgne: biologiste (examens microscopiques), IRD

  • Jacques Neveux: biologiste (pigments), CNRS

  • Martine Rodier: chimiste (sels nutritifs, Fe), IRD

  • Marcio Tenorio: biologiste (examens microscopiques, pigments), thésard brésilien

Collaborations

  • Stéphane Blain : analyse du fer dissous, Institut Universitaire Européen de la Mer, Brest

  • Jean-Louis Duprey: analyses de sels nutritifs, IRD

  • Isabelle Iteman: génotypage, Institut Pasteur Paris

  • Patricia Moulin: analyses de sels nutritifs, IRD

  • Nicole Tandeau de Marsac: microbiologiste, Intitut Pasteur Paris

Déroulement de la mission

  • Stratégie : suivi quotidien en baie de Ouinné (sud-est de la Nouvelle-Calédonie)

Les causes d’une efflorescence doivent être recherchées dans ce qui s’est passé les jours, voire les semaines qui l’ont précédée. D’autre part, il est nécessaire de déterminer le moment où elle débute, ce qui suppose que l’on connaisse l’évolution temporelle des concentrations de Trichodesmium. De ces deux contraintes a découlé le choix d’un suivi quotidien des paramètres du milieu et des populations algales.

Le choix du site était fondé sur l’existence d’un milieu relativement fermé et donc moins sujet à des échanges avec le reste du milieu lagonaire. Cette particularité permettait aussi d’espérer que l’efflorescence resterait sur le site sans trop dériver, condition importante d’un suivi à partir d’une base fixe. La baie de Ouinné a été retenue pour ces raisons. Il s’agit d’une baie profonde du sud-est de la Grande Terre, présentant des capacités d’accueil en logements et en laboratoires, mis gracieusement à notre disposition par la Société Minière Georges Montagnat (SMGM).

 

Le site de Ouinné et la position des trois stations visitées tous les quatre jours (stations 1 et 2) et quotidiennement (station 3). La baie a une profondeur comprise entre 30 et 50m et sa longueur est d’environ 5km.

Les prélèvements et les navettes permettant les relèves de personnel et le transport du matériel ont été faits avec une embarcation en aluminium de 5,4 m.

  • Conditions climatiques : diversité des situations météorologiques

La mission s’est déroulée durant deux mois et demi pendant l’été austral. Après une période de sécheresse –interrompue de pluies à caractère orageux- un épisode pluvieux de trois semaines a été à l’origine d’importants apports terrigènes. Lui a fait suite une période d’alizé faible, interrompue par le passage d’une dépression tropicale modérée.

Mesures et observations effectuées

  • Paramètres météorologiques: fournis par la station de Ouinné de Météo-France.

  • Paramètres hydrologiques : profils de température et salinité le long de la colonne d’eau avec une sonde de terrain LF 197 (WTW) ou une sonde Seabird SBE 19.

  • Sels nutritifs : mesures sur de l’eau prélevée à différentes profondeurs avec une bouteille Niskin de 5 L. Analyses ultérieures des concentrations en NO3, NO2 et PO4, d’échantillons conservés au froid après ajout de HgCl2. Utilisation de la "haute sensibilité" pour les concentrations de nitrates <1µM.

  • Pigments photosynthétiques : mesures en spectrofluorimétrie sur des échantillons prélevés à la bouteille Niskin de 5 L à 3 profondeurs, filtrés sur GF/F. Mesures sur 3 classes de tailles : >10 µm, 2-10 µm et < 2µm. Ont en outre été mesurées systématiquement, les phycobiliprotéines (phycoérythrines et phycocyanines).

  • Composition des peuplements : cette caractéristique a été obtenue à partir d’examens microscopiques réalisés quelques heures après les prélèvements en traits horizontaux et verticaux avec un filet de 35 µm de vide de maille.

  • Détermination des Trichodesmium par génotypage : Certains trichomes, faisceaux et touffes de Trichodesmium ont été triés sous la loupe binoculaire à intervalles réguliers et mis dans des “ cryotubes ” de 4 ml avec 50% d’alcool éthylique pur et 50% d’eau de mer puis conservés au congélateur jusqu’à l’expédition par avion à l’Institut Pasteur de Paris.

 

Résultats

 

Les résultats sont publiés dans un recueil du Centre IRD de Nouméa et sont en voie d’interprétation.

 

  • Un suivi marqué par d’abondantes précipitations, à l’origine d’apports terrigènes

La période d’étude a été marquée par d’abondantes précipitations entraînant des apports importants de sels nutritifs d’origine terrigène. Ces apports sont surtout marqués dans le cas des nitrates, dont la concentration en surface peut atteindre 3,8 µM à la station 3, située à l’entrée de la baie. Ils sont moindres pour les phosphates en raison de leur pauvreté dans les sols drainés. Leur maximum de concentration n’est que de 0,127 µM à la station 3.

 

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Evolution temporelle de la salinité, de la concentration de nitrate et de chlorophylle "a" à la station 3 de Ouinné. Les précipitations sont accompagnées d'une baisse de salinité en surface et d'un enrichissement en phytoplancton consécutif aux apports terrigènes de nitrate

  • Les apports terrigènes sont à l’origine du développement des diatomées

La conséquence des apports nutritifs est le développement de populations de diatomées (et, par moments, de Dinoflagellés) > 10 µm en proportion notable et la quasi absence des Trichodesmium lors des périodes de pluies. Cette caractéristique se rencontre aussi bien dans les eaux dessalées de surface que le long de la colonne d’eau. On peut penser que la dominance des diatomées (> 35 µm) sur les cyanobactéries filamenteuses dans les prélèvements au filet soit plus le fruit d"un taux de croissance supérieur à celui des Trichodesmium plutôt qu'à des facteurs du milieu défavorables au développement de ces derniers. Avec le retour des conditions sèches et l’épuisement en sels nutritifs, les Trichodesmium dominent de nouveau la fraction > 35 µm, les autres constituants du phytoplancton de cette fraction étant alors limités par l’absence de nitrate. Enfin, notons que si le nitrate peut-être totalement épuisé (moins d’une nanomole), il subsiste toujours du phosphate dans le milieu.

On note un minimum en concentrations de sels nutritifs à 15m à la station 3 qui peut être attribué à une utilisation plus forte par le phytoplancton. La concentration de chlorophylle totale augmente effectivement de la surface au fond, le maximum ayant cependant pu être manqué en raison de l’échantillonnage lâche (0, 15 et 30m à la station 3). Le picophytoplancton (<2 µm) constitue généralement la fraction dominante dans les communautés. La fraction >10 µm constitue de 15 à 20% de la chlorophylle a totale et peut atteindre 40% entre le 25 janvier et le 1er février, lors de la période pluvieuse. Les traits de filet, aussi bien en surface que du fond à la surface montrent que les grandes cellules de diatomées dominent du 28 janvier au 14 février.

  • Les Trichodesmium dominent la fraction >35 µm lors des périodes sèches, qui furent toutefois trop courtes pour que se développent des efflorescences.

Les Trichodesmium abondent au contraire pendant les périodes moins humides, caractérisées par l’absence de sels nutritifs en surface. C’est le cas des périodes du 12 au 22 janvier et du 20 février au 5 mars. Bien que l’essentiel des prélèvements au filet de 35 µm puisse alors être constitué de Trichodesmium, ces derniers ne prolifèrent jamais et il n’a pas été observé d’efflorescence. Leur absence est probablement liée à la brièveté des périodes sèches et calmes, qui n’a pas laissé suffisamment de temps aux cyanobactéries filamenteuses pour se développer.

Il est prévu de reprendre cette étude à une autre période de l’année, plus sèche, une fois qu’aura été maîtrisé l’outil "biologie moléculaire".

 

mise à jour : 10/07/2008

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