L’hypothèse des cascades trophiques développée sur les lacs tempérés oligo-mésotrophes caractérisés par des chaînes linéaires est fondée sur d’intenses contrôles entre les poissons zooplanctophages (ZP), les grands zooplanctontes herbivores comme les daphnies et le phytoplancton consommable. Du fait de la
prépondérance de l’omnivorie, elle n’est pas directement généralisable aux lacs tropicaux méso-eutrophes peu profonds, caractérisés par un réseau complexe d’interactions diffuses entre groupes fonctionnels. Les poissons filtreurs omnivores (OM) consomment du zooplancton peu mobile tel les cladocères et les nauplii, du phytoplancton de grande taille, colonial ou filamenteux, et des détritus. Ils interagissent avec des organismes zooplanctophages littoraux et des alevins.
La pression de broutage relativement faible de ce zooplancton herbivore (rotifères, petits cladocères) favorise le phytoplancton peu consommable et capable d’efflorescences, comme les cyanobactéries. A forte biomasse, les poissons omnivores représentent une source majeure de nutriments. Par leur excrétion (rapport N:P < 20:1), par la bioturbation des sédiments et le relargage de phosphore dont ils sont à l’origine et par leur impact sur la structuration de la communauté zooplanctonique favorisant la prédominance des rotifères caractérisés par un rapide turnover du phosphore, ils peuvent renforcer la limitation en azote typique des systèmes tropicaux et donc stimuler la croissance des cyanobactéries, en particulier les diazotrophes.
Il s’agit de vérifier dans quelle mesure la zooplanctophagie et l’herbivorie des deux guildes de poissons planctophages, zooplanctophages et omnivores, ainsi que les contraintes stoechiométriques liées au recyclage interne (rapports N:P d’excrétion) par les poissons et par la communauté zooplanctonique structurée par les poissons affectent la structure du réseau pélagique et les réponses des cyanobactéries aux apports en nutriments limitants. Passant d’un régime zooplanctophage à un régime omnivore au cours de son ontogénie, le tilapia du Nil Oreochromis niloticus est l’espèce modèle retenue. Les opérations concerneront les réservoirs de Dakar Bango et de Guiers, sites de référence de l’Unité au Sénégal. |