Sels nutritifs et
limitation du phytoplancton
Figure 1 : Les eaux
océaniques (en bas et à droite) poussées par
la houle passent par dessus la couronne
récifale d’un atoll et diluent les eaux de
son lagon.
La diversité
morphologique des atolls influence le régime des sels nutritifs
nécessaires à la croissance du phytoplancton.
Les eaux
océaniques qui alimentent les lagons sont
ultraoligotrophes. Avec des
concentrations en azote minéral dissous (DIN = NO2-+
NO3- + NH4+),
phosphate et silice de 0.02, 0.21 et 1 µM,
respectivement, elles sont déficientes en azote
tandis que les diatomées y sont limitées par la
silice (Pour en
savoir plus). Ces concentrations devraient être celles
de lagons à confinement nul. En réalité, aucun
lagon n’est dans ce cas. Tous ont donc des
différences de concentrations nutritives avec l’océan,
liées aux régénérations et productions
nutritives intra-lagonaires ainsi qu’aux apports
en provenance des motus, des colonies
d’oiseaux et des nappes phréatiques. Ces
différences de concentrations sont fonction des
temps de résidence des eaux océaniques qui
renouvellent les eaux lagonaires. A l’échelle d’un
lagon, et pour des conditions identiques de houle
et vent, les temps de résidence varient
principalement en fonction du degré d’ouverture
sur l’océan, et de la taille du lagon
(profondeur et surface).
Les concentrations en azote,
phosphore et silice d’une majorité de lagons
sont limitantes par la plupart des espèces
phytoplanctoniques (Tableau
1).
Les
concentrations en azote minéral dissous diminuent
avec la taille des lagons (à la fois avec leur
surface et leur profondeur moyenne, Figure
2). Les
concentrations en phosphate sont indépendantes de
la taille; par contre les lagons les plus
confinés apparaissent les plus déficients (Figure
2). Il s’en suit le passage d’une
déficience en azote pour les lagons les plus
grands et les plus ouverts sur l’océan, à une
déficience en phosphore pour les lagons les plus
petits et les plus confinés. Cette évolution est
manifestée par la régression: DIN / P-PO4
= -29.7 ouverture - 0.35 profondeur moyenne +
17.2, r2 = 0.56, n = 10. Figures
2 et 3
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Le
passage d’une limitation par l’azote
à une limitation par le phosphore s’observe
pour les lagons les plus petits et les
plus isolés de l’océan. Elle résulte
de la diminution des concentrations en
azote avec la taille des lagons et de l’augmentation
des concentrations en phosphore avec le
degré d’ouverture sur l’océan. |
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Figure
2
 |
Les
concentrations en silice sont, quant à
elle, inversement corrélées avec la
taille des lagons (leur surface et leur
profondeur moyenne) |
Figure 3
Les
concentrations en silice ne limitent pas le
picophytoplancton qui domine les lagons d’atolls
des Tuamotu.
Mais elles sont suffisamment faibles, dans
certains lagons, pour limiter la croissance des
diatomées et expliquer la rareté des algues de
cette classe dans les lagons des Tuamotu. Une
source de silice est sa diffusion à partir des
nappes phréatiques des motu où elle est
particulièrement concentrée. Or l’importance
relative des motu diminue avec la taille des
lagons. Ce qui pourrait expliquer la décroissance
des concentrations en silice avec la taille des
lagons (Figure 3).
Les
limitations déduites des concentrations
nutritives sont confirmées par deux autres
méthodes (Tableau
2). L’azote limite
le plus fréquemment avant le phosphore et la
silice . Les autres éléments
nutritifs, métaux et vitamines sont en excès par
rapport à ces 3 éléments. On constate bien sur
le Tableau 2 que le
plus petit lagon confiné, Reka Reka est limité
par le phosphore.
Le passage d’une
limitation azotée à une limitation phosphorée
résulte de la combinaison de 4 processus dont l’importance
varie avec le volume, la profondeur et le
confinement des lagons :
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(1)
Les eaux océaniques, plus carencées en
azote qu’en phosphore, influencent moins
les lagons confinés.
(2)
Les sédiments carbonatés et oxygénés
des lagons adsorbent et précipitent le P
de la colonne d’eau, ce qui en diminue d’autant
plus la concentration que les lagons sont
peu profonds.
(3)
La fixation
d’azote moléculaire dissous par les
cyanobactéries benthiques est
répandue dans les lagons des Tuamotu. Il
s’en suit un exportation d’azote
minéral et organique du sédiment vers la
colonne d’eau qui est moins diluée dans
les lagons peu profonds et peu renouvelés
par les eaux océaniques.
(4)
Les eaux de pluies, relativement plus
riches en azote qu’en phosphore, sont
moins diluées dans les lagons peu
profonds et peu renouvelés par les eaux
océaniques. |
Le mécanisme explicatif
général suivant est proposé :
Les eaux
lagonaires peu profondes sont significativement
enrichies en azote par la fixation d’azote
moléculaire des cyanobactéries benthiques et par
la diffusion d’azote en provenance du sédiment.
Ce supplément d’azote stimule la croissance
phytoplanctonique et crée une demande simultanée
en phosphore. Etant donné le fort rapport N/P des
flux en provenance du sédiment, ce phosphore
doit venir de la colonne d’eau. En conséquence
dans les petits lagons peu renouvelés, comme Reka
Reka, les concentrations en P diminuent jusqu’à
devenir limitantes pour le phytoplancton. Dans d’autres
petits lagons, mais avec des ouvertures moyennes
ou importantes, l’eau océanique renouvelle l’eau
lagonaire en quelques heures ou jours. Les flux nutritifs du fond sont
dilués par les énormes volumes d’eaux
océaniques, elles mêmes limitées en azote. Dans
les grands lagons plus profonds, les flux d’N d’origine
benthique se diluent dans l’épaisse colonne d’eau
et sont insuffisants pour soutenir la demande du
phytoplancton. Le passage d’une limitation en
azote à une limitation en phosphore dépend donc
de l’importance des processus benthiques par
rapport aux processus pélagiques. Elle reflète
un confinement croissant lui même dépendant du
degré d’ouverture de la couronne, de la
profondeur et de la surface des lagons, en bref
dépendant du type morphologique de l’atoll.
Cette page est tirée
de :
Dufour P., Andréfouët S.,
Charpy L. and Garcia N. (2001) Atoll
morphometry
controls lagoon nutrient regime Limnology
and Oceanography
Vol. 46, No. 2 : 456-461

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