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Influence sur les poissons: la diversité

Michel Kulbicki, IRD

 

 

Il existe plus de 900 espèces de poissons vivant dans la tranche 0-100m en Polynésie Française, dont plus de 500 aux Tuamotu. Les espèces ne se distribuent cependant pas au hasard dans les atolls. 

Il est possible d’appréhender la diversité sous deux aspects: d’une part le nombre total d’espèces présentes sur un atoll (diversité), d’autre part le nombre d’espèces observées par unité de surface (densité spécifique) à l’intérieur d’un atoll. Ces deux mesures sont liées, mais ont des portées différentes en ce qui concerne le fonctionnement des communautés de poissons.

 

Le nombre d’espèces observables sur un atoll est lié:

  • au nombre d’espèces localement disponibles dans la région: quelle que soit sa taille, un atoll des Tuamotu ne pourra avoir plus de 500-600 espèces de poissons

  • à la taille de l’île:

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Plus un atoll est grand et plus le nombre total d’espèces est important.

figure ci-contre: Variation de la diversité (nombre total d'espèces par atoll) en fonction de la taille du lagon d'atoll.

Plusieurs explications sont avancées. La première est que le nombre d’espèces est fonction du nombre de biotopes (ou de niches écologiques) disponibles et donc qu'une grande île offre plus de biotopes qu'une petite. La seconde est liée à l’écologie des poissons de récif et de lagon. En effet la plupart de ces poissons ont une vie larvaire pélagique. Bien que ces larves aient une nage orientée, elles sont soumises aux courants marins et les chances de colonisation d'une île dépendront en grande partie de sa taille.

  • à la situation de l'île par rapport aux courants marins porteurs de larves.

Corrélation entre la densité spécifique et la diversité

Il est intéressant de noter (figure ci-contre) qu’il existe une bonne relation entre le nombre total d’espèces présentes sur un atoll et le nombre d’espèces observées par unité de surface (ou densité spécifique). Autrement dit, plus une île comporte d’espèces et plus les biotopes qui la composent sont riches en espèces.

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Ceci a des conséquences sur le fonctionnement des communautés et en particulier sur l’utilisation des ressources: plus il y a d’espèces et mieux la production primaire est utilisée. Il en résulte que dans des biotopes par ailleurs équivalents, la production des communautés de poissons devrait en général être plus importante dans les grands atolls que dans les petits.

 

Facteurs de diversité et densité spécifique

A l’intérieur d’un atoll la diversité et la densité spécifique ne se répartissent pas au hasard. Parmi les facteurs importants jouant sur ces paramètres : l’exposition au vent, la profondeur, le type de substrat et le biotope. 

  • Dans un lagon d’atoll, les zones exposées au vent sont en général plus diversifiées que celles qui sont abritées. Ceci peut être lié d’une part à la colonisation (larves poussées par le vent), mais aussi aux apports en nutriments, les vents pouvant jouer un rôle important dans leur distribution. 

  • La profondeur joue également un grand rôle, la diversité maximale étant observée dans les premiers mètres, les fonds importants et les zones très peu profondes étant en général pauvres. 

  • Le biotope conditionne probablement le plus la diversité et la composition spécifique rencontrée. Les récifs de passe et les pinacles sont les biotopes les plus riches, suivis des récifs au vent des motu ; les fonds meubles, les herbiers et les algueraies sont en général très pauvres. 

  • La rugosité, la proportion de fonds durs et la couverture corallienne sont trois autres facteurs qui conditionnent positivement la diversité.

Les densités spécifiques observées dans les lagons d’atoll des Tuamotu sont relativement basses comparées à celles observées dans des lagons d’île haute ou dans le Pacifique ouest. Ceci est très probablement lié à un réservoir (pool) d’espèces plus faible. La conséquence est un potentiel moindre de production et donc une fragilité accrue à l’exploitation ou à des perturbations (pour en savoir plus).

 

Composition du réservoir d'espèces et composition spécifique observée

La composition du réservoir d’espèces (voir liste) conditionne en grande partie les proportions parmi les familles observées à l’intérieur d’un atoll (Tableau 2). La plupart des familles bien représentées dans la liste sont également importantes dans les observations in situ (compte tenu du biais lié à la méthode, l’observation en plongée, qui sous-estime les espèces cryptiques). Ceci veut dire que l’appartenance à une région biogéographique va grandement conditionner la structure spécifique et en conséquence le fonctionnement des communautés.

 

Tableau 2 : comparaison entre le nombre total d’espèces connues des Tuamotu (tranche 0-100m) et la composition spécifique moyenne sur un transect dans un lagon d’atoll.

 

Familles  Liste Observé Familles  Liste Observé  
LABRIDAE 61 - 11.4%

14.9%

CARANGIDAE

13 - 2.42%

2.8%

POMACENTRIDAE 39 - 7.28%

10.5%

CIRRHITIDAE

12 - 2.24%

0.5%
ACANTHURIDAE 30 - 5.60%

12.7%

MULLIDAE

12 - 2.24%

3.9%
GOBIIDAE 29 - 5.42%

4.4%

CARCHARHINIDAE

9 - 1.68%

1.1%

SERRANIDAE 27 - 5.04% 2.8% LETHRINIDAE 9 - 1.68%

2.2%

CHAETODONTIDAE 26 - 4.85% 7.2% SCORPAENIDAE 9 - 1.68%

0%

MURAENIDAE 26 - 4.85%

0.5%

TETRAODONTIDAE 9 - 1.68%

2.8%

BLENNIIDAE 22 - 4.11%  

0.5%

LUTJANIDAE 8 - 1.49%

3.3%

SCARIDAE 22 - 4.11% 8.3% MICRODESMIDAE 8 - 1.49%

1.1%

APOGONIDAE 21 - 3.92% 2.2% POMACANTHIDAE 8 - 1.49%

1.1%

BALISTIDAE 20 - 3.73%  2.8% MUGILIDAE 6 - 1.12%

2.2%

HOLOCENTRIDAE 20 - 3.73%

5.5%

HEMIRAMPHIDAE

 5 - 0.93%

1.1%

 

Similarité

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La composition spécifique des communautés de poissons change d’un atoll à l’autre. On note cependant une plus forte similarité entre atolls de grande taille qu’entre ceux de petite taille. D'autre part, plus les atolls sont ouverts, plus ils ont des communautés semblables (figure ci-contre).

 

Références

Kulbicki M;, Galzin R., Harmelin-Vivien M., Mou Tham G., Andréfouët S. 2000 Les communautés de poissons lagonaires dans les atolls des Tuamotu, principaux résultats du programme TYPATOLL (1995-1996). Nouméa, IRD, Doc.Sci. Tech. II3: 26-125

mise à jour : 10/07/2008

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