L'importance
des processus bactériens est-elle liée
à la géomorphologie
des atolls ?
Les
lagons d'atoll présentent des conditions
trophiques contrastées pour la plupart des variables
chimiques et biologiques déterminées.
Ces
différences entre lagons concernent également les
variables caractérisant les bactéries planctoniques
(biomasse, production, taux de croissance) et ceci en
liaison avec leur ouverture sur l’océan. Globalement,
les atolls les plus ouverts sur l'océan sont les plus
pauvres.
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Fig.
: Production bactérienne
dans
différents lagons des Tuamotu
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Le
rapport entre activité exoprotéolytique (AEP) et
production bactérienne indique la dépendance bactérienne
vis à vis de l'hydrolyse des peptides. Un rapport élevé
est le signe d'une utilisation préférentielle des
substrats de haut poids moléculaire. Dans les lagons
visités, ces rapports (1) évoluent en raison inverse
de la production primaire et (2) semblent covarier avec
le recouvrement en coraux de 9 de ces sites (figure).
Une interprétation séduisante est que l'AEP est peu
utilisée lorsque la production primaire peut fournir
suffisamment de composés simples par le biais de la
production dissoute. Lorsque celle-ci est faible, ce qui
coïncide avec un recouvrement élevé en coraux dans
les atolls peu profonds et très renouvelés, il devient
énergétiquement plus intéressant pour le bactérioplancton
de synthétiser des taux plus élevés d'exoenzymes, nécessaires
pour dégrader le mucus corallien ou d’autres produits
excrétés par le benthos.
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Fig.
: Evolution du rapport de l'activité exoprotéolytique
potentielle à la production bactérienne (PEA/BSP)
en fonction de la chlorophylle a, la production
primaire et l'abondance des coraux ramenée au
volume de chaque lagon. Hikueru, ayant subi une
crise dystrophique ne montrait pratiquement plus
de coraux vivants |
...
deux cas particuliers.
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Le
lagon de Tekokota s’apparente d’avantage
à un récif qu’à un atoll. Très ouvert sur
l’océan, peu profond et présentant des
peuplements coralliens plus abondants que ceux
des autres atolls, il montre des biomasses
bactériennes significativement plus faibles que
dans les eaux océaniques entrantes. Ceci est
généralement observé dans les zones
récifales et est interprété par la
consommation active par les organismes
benthiques comme les éponges et certains coraux
(Ferrier-Pagès et al. 1998). L’activité
exoprotéolytique ramenée à la production de
biomasse bactérienne suggère une importance
déterminante des composés organiques de poids
moléculaire élevé comme ceux compris dans le
mucus corallien dans la source de matière
organique pour les bactéries. Le bactérioplancton ne répond
pas aux additions de nutriments inorganiques et
apparaît donc plutôt contrôlé par les
exportations de matière organique par les
récifs. Enfin la proximité
phylogénétique des peuplements bactériens de
Tekokota avec les peuplements de surface de
l'océan confirme le fort renouvellement de cet
atoll (renvoi
vers Communautés des atolls des Tuamotu/ les
organismes du plancton/ bactéries). |
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Le
lagon de Reka-Reka est encore moins profond,
cette fois couvert de substrats meubles et très
confiné. Il montre les biomasses bactériennes
et les activités les plus élevées, et à
l’inverse des autres lagons, le
bactérioplancton apparaît contrôlé
par le phosphore.
L'éloignement phylogénétique des peuplements
de Reka-Reka de l’ensemble des autres confirme
son caractère
singulier. Les fonds meubles d’atoll sont
caractérisés par une fixation élevée
d’azote atmosphérique. Le rapport entre
surface des fonds meubles et volume est le plus
élevé des lagons étudiés et favorise de
toute évidence les entrées d’azote dans cet
écosystème via
le benthos |
Les
résultats des études d’écologie bactérienne sur
les lagons d’atoll oligotrophes conduisent ainsi à
plusieurs paradoxes des caractéristiques microbiennes
typiquement observés en milieu oligotrophe comme :
(1) un taux de croissance bactérien moyen inférieur à
celui du phytoplancton, à l’opposé de ce qui est prédit
par les relations
allométriques, (2) une
biomasse bactérienne élevée alors qu’elles sont peu
actives ,
et (3) une carence
nutritive du phytoplancton , accentuée probablement
par la compétition bactérienne. Discuter ces paradoxes
dépasse le cadre de ce document. Néanmoins, le contrôle
essentiellement ascendant des communautés bactériennes
dans les milieux lagonaires les rend particulièrement
sensibles aux apports nutritifs. C’est une caractéristique
bien évidemment à prendre en compte dans tout projet
d’aménagement.
Cette
page est tirée des articles :
Torréton
J-P, Pagès J, Talbot V (soumis.) Bacterioplankton
and phytoplankton biomass and production in Tuamotu
atoll lagoons.
Références
citées:
Ferrier-Pagès
C, Allemand D, Gattuso JP, Jaubert J (1998)
Microheterotrophy in the zooxanthellate coral Stylopora
pistillata: effects of light and ciliate density. Limnol Oceanogr 43:1639-1648

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