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Production et commercialisation des perles

Par Benjamin Mathieu


Production perlière du Territoire

  • L’analyse de la production de produits perliers demeure difficilement contrôlable. Le secteur informel présent dans le milieu associé à des pratiques commerciales pas toujours maîtrisées (présence par exemple, de négociants itinérants dans les îles) rend très difficile toute exactitude dans le recensement.
    Les seules sources globalisantes qui peuvent renseigner sur cette production totale est le Service des Douanes par lequel transite l’ensemble des transactions et l'Institut d'Emission d'Outre-mer (IEOM). La production de perles se mesure donc par la quantité de produits perliers exportés. Le graphique n°2 ci-dessous résume le profil productif commercialisable du secteur perlier depuis les débuts de l'activité dans les années 70. Malheureusement, aucune source ne permet à ce jour de renseigner sur la production totale de perles par atoll.

  • Pendant les quinze premières années, véritablement jusqu’en 1992, le secteur n’excède pas une production supérieure à 1 tonne. Cette période correspond aux différentes phases successives du développement de l’activité. Les expérimentations des années 70-80 ont couronné les premiers investisseurs, "perliculteurs" à partir des années 1990-92 où démarre une croissance sans précédent.
    En effet sur une période de six ans, de 1993 à 1998, la production est passée d’une à 6 tonnes, ce qui correspond en moyenne à une augmentation d’une tonne par an.
    Et si certains voyaient depuis 1996 les limites productives et exportatrices du secteur, l'année 1999 a montré les capacités économiques d'une industrie nouvelle. Entre 1998 et 1999, le volume total d'exportation de perles brutes est passé de 6,1 tonnes à 8,6 soit une augmentation de 40%.
    Par ailleurs, la mise en place en juillet 1999 d'un nouveau système de déclaration en douanes, (baptisé SOFIX) qui taxe les ouvrages en perles (colliers,...) a eu pour conséquence dans les six premiers mois de l'année, un accroissement des exportations de ces produits. Pour preuve, en 1998, 500 kilogrammes d'ouvrages ont été exportés contre 2,4 tonnes en 1999 de janvier à juillet.
    Toutefois, selon Martin Coeroli directeur du GIE "Perle de Tahiti" qui oeuvre pour l'organisation et la promotion internationale du commerce de la perle noire, des doutes subsistent pour les chiffres avancés concernant le volume de produits perliers, compte tenu de ces bouleversements dans l'analyse des données statistiques.

A l'exception de cette année 1999, le produit de classification "perles de culture brutes" représente 97% des exportations. Les trois pour cent reviennent aux produits dérivés keshi, mabe. 


Que représente cette production dans le monde de la perle de culture?

Longtemps monopolisée par le Japon, la perliculture entame depuis à peine
dix ans, une diversification sectorielle mondiale. Cette redistribution est
assurée principalement par quatre nouveaux centres :

-     L’Australie nouvellement dégagée de la dépendance technique japonaise et productrice de Perles Blanches « White South Sea Pearls ».

-     La Chine dont la production de Perles Blanches « Akoya » commence à être importante.

-     Les nouveaux venus tels que les Philippines, l’Indonésie et la Thaïlande petits producteurs de Perles Noires « Black South Sea Pearls ».

-     La Polynésie dont les exportations de Perles Noires ont été multipliées par plus de 40 en dix ans.

La Polynésie française est de loin le premier producteur de Perles Noires « South Sea » (c’est-à-dire issue de la culture de Pinctada margaritifera ) avec plus de 90% de la production mondiale. Rapportée à l’ensemble de la production perlière toutes variétés confondues, cela représente 25% du marché mondial de la perle.
Les derniers résultats de l'année 1999 ont permis à la Polynésie française de conquérir le statut enviable de premier exportateur mondial en valeur de perles de culture, devant l'Australie.


La commercialisation des perles : l'euphorie des ventes.

A l'instar de la production, le commerce des perles, montre le même profil de croissance pour le marché des ventes.
Exprimés en millions de francs pacifique (1 Franc CFP = 0,055 FF), les statistiques sont fournies par le Service des Douanes qui recense l’ensemble de la vente des produits perliers depuis son commencement en 1972, jusqu’en 1999. Le graphique n°3  présente deux variables, la valeur totale de vente du secteur par année sur l ‘axe des ordonnées de gauche et le prix de vente moyen du gramme de perle sur l’axe de droite.
L'analyse du graphique laisse apparaître différentes périodes de développement commercial du secteur.

  • De 1972 à 1980 :  
    Cette période correspond aux prémices du développement de la commercialisation du secteur perlier en Polynésie. L’ensemble du Territoire ne recense que quelques fermiers qui exercent un travail (sur la Pinctada margaritifera) pratiquement inconnu. Cette méconnaissance du produit ne facilite pas la vente. Cet état de faits, se retrouve sur la représentation graphique des ventes, dont on observe l’allure en dents de scie et simultanément les faibles valeurs de vente globales (courbe en rouge). On relève une allure générale croissante puisque de 336 000 CFP de produits perliers vendus en 1972, le marché passe à 101 875 220 CFP en 1981.
    La courbe du prix moyen du gramme (en bleue) reproduit ce schéma et le caractère approximatif du marché. Ainsi, en 1974 le prix moyen de vente du gramme atteint 3454 CFP contre 570 CFP l’année d’après, en 1975.

  • De 1981 à 1985 :
    Sur cette période de quatre ans, les prémices d’un développement font place à un véritable démarrage de l’activité. La valeur de vente des produits perliers est multipliée par 2,5 tandis que le prix moyen est multiplié par 1,5.
    L’année 1984 est marquée par une baisse générale des ventes et du prix moyen, due principalement aux conséquences de deux cyclones qui ont provoqué de gros dégâts dans les fermes en 1983 aux Tuamotu.

  • L'année 1986 :
    L’année 1986 est appelée par les perliculteurs, « l’année faste ». En effet, malgré une baisse importante du volume des exportations due à l’épidémie qui s’est propagée en 1985, on constate une très forte croissance du prix moyen de vente au gramme. En augmentation de 42% en 1986 par rapport à 1985, le marché bénéficie d’une conjoncture internationale dans le monde de la perliculture favorable, qui crée un déséquilibre entre une demande forte et une offre faible.  Le prix de vente au gramme atteint le seuil encore inégalé aujourd’hui, de 9584 CFP.

  • De 1987 à 1994:
    La valeur globale de la vente des produits perliers augmente considérablement surtout à partir de 1992 où le chiffre croît de 4252 millions de CFP à 11 907 millions en 1994. Ce processus est corrélatif à la très forte production perlière, dont profite le marché suite aux progrès accomplis dans le secteur. Par contre, le prix moyen par gramme accuse une chute globale de 23%. L’ensemble de cette période (1991-1994), avec cette très forte croissance des ventes, correspond  véritablement à l’ouverture du secteur de la Perle Noire de Tahiti. Pour autant, la reconnaissance commerciale n’est pas totalement suivie d’une « politique de qualité » par l'ensemble des acteurs.

  • L'année 1995 :
    Il s’agit d’une année « noire » pour le monde de la perliculture, dont le Japon, principal acheteur, est victime d’une crise socio-économique aggravée par le séisme qui touche durement les négociants internationaux de la perle, basés à Kobé. 
    De surcroît, en Polynésie française, l’agitation qui suit la reprise des essais nucléaires à Moruroa créent un climat commercial et promotionnel défavorable « à l’image naturelle » véhiculée par les paysages polynésiens et la culture des perles.
    Le cours du gramme atteint son niveau le plus bas jamais égalé de 2187 CFP. Tandis que l’ensemble des ventes baissent de 19,5% par rapport à 1994.

  • De 1996 à 1998:
    L’année 1996 par réaction à la déroute commerciale de 1995, est marquée par une reprise très forte des ventes (plus 66%) avant de montrer sur la courbe (en rouge, sur le graphique n°5) une certaine stabilisation de 1996 à 1998. Par contre, le prix moyen du gramme augmente peu, compte tenu de la chute dont il a été victime en 1995. L’allure générale de la courbe présente donc, une stabilité inquiétante, puisque de 1995 (« l’année noire ») à 1998, la croissance du prix du gramme ne croît que de 15% pour atteindre 2530 CFP.

  • L'année 1999 :
    La pérennité des deux années précédentes est largement démentie en 1999 avec une augmentation de 50,4% du chiffre d'affaires à l'exportation des perles. Soustraction faite des ouvrages en perles qui viennent perturber les comparaisons statistiques, le chiffre croît de 32% de 14,4 à 19 milliards CFP. Le prix au gramme des perles brutes a, au contraire, connu une certaine stabilité avec 2400 CFP. La comptabilité des ouvrages en perles a rabaissé cette moyenne de vente à un record historique de 2037 CFP, avec l'exportation par certains négociants qui voulaient contourner la taxe, de colliers de circonstance.


Résumé :

L’analyse de la vente a fourni deux éléments d’interprétation; Corrélativement à l’augmentation de la production, les ventes de produits perliers se sont considérablement accrues depuis 1990. Malheureusement, cette croissance des ventes n’a pas été suivi d’une organisation commerciale efficace. Ainsi, la Perle Noire de Tahiti, dont la simple évocation rappelle qu’elle appartient à la haute joaillerie, n’en finit pas de perdre de sa valeur.
Ces défaillances constituent un véritable frein contre les facultés économiques motrices du secteur, entretenu pourtant par une croissance puissante.

 

Références citées :

Service des Ressources Marines. (1991-1996) Bulletin du secteur de la mer, Ministère de la mer, Polynésie française.

Mathieu B. (1998) Mémoire de maîtrise:"La perliculture peut-elle constituer un moteur de développement en Polynésie française".

mise à jour : 10/07/2008

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