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L'impact de développement sur les atolls polynésiens

Les processus de fabrication des perles: le collectage des huîtres perlières

Par Benjamin Mathieu

 

L'histoire d'un phénomène récent

  • La Pinctada margaritifera ou huître perlière à lèvres noires, a été utilisée dès le XVIIIième siècle par le peuple polynésien comme outil de pêche (hameçon), objet d’ornement, ou encore comme monnaie d’échanges.
     L’arrivée des navigateurs, au XIXième siècle , a développé une nouvelle forme de commerce de la nacre marquée par une croissance des exportations. En moyenne annuelle, entre 1830 et 1890, les ventes de produits perliers atteignaient 900 tonnes, puis 800 tonnes de 1890 à 1930 et 700 tonnes jusque dans les années 1960.Ce système contribua à réduire considérablement les cheptels naturels d'huîtres que renfermaient les lagons des atolls polynésiens. Les autorités locales ont dès le début du XXième siècle instauré des quotas de pêche, fermant l'exploitation de certains atolls. 

  • La technique de pêche communément appelée "la plonge" consiste à chercher les huîtres par des plongées successives en apnée. La méthode comporte de nombreux risques, dont les accidents de décompression qui provoquent des surdités et des troubles mentaux graves, conduisant parfois à la démence, « taravana » en tahitien.  De plus elle se montre très hasardeuse au niveau des prises et ne répond plus, depuis l’essor de la perliculture en 1970, aux besoins exponentiels des greffeurs.
    L’aventure perlicole prend donc racine dans les années 60, suite à la prise en considération des autorités de la sauvegarde des bancs naturels et l’intérêt suscité par le Territoire, à développer le secteur perlier beaucoup plus lucratif que le commerce des coquilles de nacre. Sur les bases techniques anciennes développées par la Chine et le Japon, des premières initiatives publiques notamment du Service de la Pêche et privées entreprennent des recherches sur les diverses possibilités d'accroître la production nacrière et perlière.

 

Le collectage des Pinctada margaritifera

  • Les stations de collectage
    Les premiers perliculteurs ont rapidement compris la nécessité de s’affranchir de la plonge, donc du prélèvement d’animaux adultes, et de fournisseurs inégalement fiables, pour s’assurer un approvisionnement permanent en nacres à greffer.
    Le collectage consiste à capturer passivement du naissain de Pinctada margaritifera par fixation de celui-ci sur un collecteur. La technique consiste à poser une corde immergée à –3m maintenue au fond sur des karena (pinacles), ou par des corps morts, tendue par des bouées. Sur la longueur de la corde qui atteint en moyenne 100 à 200 mètres, on installe les collecteurs qui sont maintenus immergés par le travail de bouées en surface. Le collecteur a suivi une nette évolution favorisant tantôt les fibres végétales (comme celles du cocotier) ou synthétiques (filet nylon, ombrière de serre,...).


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La substance des collecteurs doit être imputrescible et formée de recoins et alvéoles afin que les naissains puissent s’y fixer et s’abriter des prédateurs. Le rendement d’un collectage est fonction de la présence dans le milieu marin environnant d’un nombre important de larves. La réussite est donc gage pour les perliculteurs, de connaître les conditions de reproduction et de fécondation des huîtres.

  • Le choix du site et la récolte des jeunes Pinctada margaritifera:
    Le site de pose des stations doit donc privilégier les zones où le stock naturel est important de sorte qu’on puisse augmenter la rencontre des produits sexuels.
    Les zones trop exposées aux courants comme à proximité des passes et simultanément les zones trop abritées, peu profondes et stagnantes sont à exclure. Le choix d’un site s’accompagne du choix de la date de pose des collecteurs. Selon le mode de reproduction de la Pinctada margaritifera, les périodes maximales de ponte interviennent lors de chocs thermiques. Les variations saisonnières en avril-mai ou novembre-décembre sous ces latitudes, sont d'excellents moments pour poser les collecteurs.
    Les pontes déclenchées, les naissains se fixent sur les collecteurs quinze à vingt jours plus tard. 

  • La profondeur d'immersion de la station:
    La meilleure technique consiste à faire un collectage de surface, entre 1,5 et 3 mètres, puis de laisser couler modérément la station sous le poids grandissant des nacres jusqu’à une profondeur maximale de 15 m. Ce procédé permet de protéger dans un premier temps, les jeunes huîtres vulnérables des prédateurs situés sur le fond et ensuite à 15 m, de les maintenir éloignées à la fois du fond et des remous de la surface qui peut provoquer des décrochements.

  • Le temps d'immersion:
    Les jeunes huîtres sont détroquées généralement lorsqu'elles font plus de 6 cm de diamètre, pour faciliter les différentes manipulations et ainsi diminuer le taux de mortalité, huit à douze mois après la fécondation.


 
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Les jeunes huîtres relevées, ne sont pas toutes des Pinctada margaritifera. Une part importante (pas vraiment quantifiable puisque les variations d’un collecteur à l’autre ou d’une station sont trop grandes et non maîtrisées) est constituée de Pinctada maculata compétiteurs sur-représentés comparativement à margaritifera, dans les atolls polynésiens.

 

Les atolls des Tuamotu, un potentiel d'exploitation de Pinctada considérable

L’augmentation de la production de Pinctada margaritifera:

Pour pallier la baisse des quotas de pêche de plonge des nacres adultes, et faire face à la demande d’un secteur en plein développement, la technique du collectage s’est imposée et développée efficacement aux perliculteurs. Depuis 1977, le nombre de concessions de collectage accordé est en croissance constante (graphique); à partir de 1991 les Tuamotu-Gambier occupent une place prépondérante dans la collecte du naissain. La représentativité des Tuamotu-Gambier apparaît en 1991, 1995 et 1996 et montre l'importance des atolls dans le développement des disponibilités en Pinctada margaritifera autour de 80%

 

La répartition des concessions de collectage dans les atolls:


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Quatre atolls semblent plus actifs dans le collectage, Ahe, Arutua, Takapoto et Takaroa. Ce développement général de l’activité de collecte, s’intègre dans un processus de délocalisation enclenché par le secteur pour répondre donc, aux besoins des perliculteurs en jeunes huîtres, et simultanément aux déficiences des atolls surexploités devenus improductifs et des atolls naturellement pauvres en Pinctada margaritifera. L'exemple de Takaroa qui en dépit d'un nombre toujours très important de concessions avec 176, a perdu depuis 1991, 33 d'entre elles. D'autres atolls au contraire profitent d'une certaine délocalisation surtout à proximité de centres consommateurs comme par exemple Nihiru près de Makemo. Des îles hautes ont été prospectées en 1991-1992; Mopélia dans l'archipel de la Société s'intègre dans cette dynamique avec un total de 201 concessions exclusivement de collecte d'huîtres en 1996, elle fournit les atolls des Tuamotu.

L'expérimentation d'une nouvelle technique de production de naissains, l'aquaculture:

L’expérience notable de production aquacole de Pinctada margaritifera qui se développe sur le Territoire, est d’origine publique ; Elle s’intègre dans un programme de recherches sur la Pinctada sous l’égide du Service des Ressources Marines (SRM), financée par le territoire, l’Etat et la Communauté Européenne.
Il s’agit de l’écloserie de Rangiroa. 
L’écloserie entretient plusieurs ambitions. La première comme son nom l’indique, consiste à maîtriser la reproduction de la Pinctada margaritifera en vue de produire en « captivité » des naissains. Plus qu’une simple technique de substitution au collectage, l’écloserie tente d’améliorer les performances et la qualité des nacres produites. L’aboutissant se caractériserait par un animal plus résistant mieux préparé aux manipulations. L’avant dernière production de l’Ecloserie (décembre 1996) a permis d’obtenir 200 000 naissains âgés de deux mois. Les scientifiques responsables du site ont estimé qu’au bout de six mois, la survie moyenne était de l’ordre de 50%. Sur ce lot, 32 000 naissains ont été vendus à quatre perliculteurs de Rangiroa qui après une croissance satisfaisante ont été greffés. En 1998, le centre a procédé à des transferts de naissains sortis d’écloserie vers d’autres atolls. Les résultats de la récolte perlière ne sont pas encore connus.

Références citées :

Service des Ressources Marines. (1991-1996) Bulletin du secteur de la mer, Ministère de la mer, Polynésie française.

Mathieu B. (1998) Mémoire de maîtrise:"La perliculture peut-elle constituer un moteur de développement en Polynésie française".

mise à jour : 10/07/2008

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