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La dynamique perlière dans les atolls

Par Benjamin Mathieu


La croissance démographique des atolls.

  • L'ensemble de la Polynésie française compte au dernier recensement (1996), 219 521 habitants qui se répartissent de la façon suivante.


Population par subdivisions de résidence, recensement 1996
Source : ITSTAT, INSEE

SUBDIVISIONS
Iles

Population 1996

Taux de croissance
de la population entre
1996 et 1988. (%)

Ensemble de la
Polynésie française

219 521

16,2

Iles du Vent

162 686

15,9

dont Tahiti

150 707

14,8

Iles Sous-Le-Vent

26 838

20,7

Tuamotu-Gambier

15 370

24,2

Marquises

8 064

9,6

Australes

6 563

0,8

 

Le déséquilibre démographique qui s'exerce en Polynésie française apparaît nettement ici, avec l'île de Tahiti qui concentre 68,6% de la population.
Cependant, la taux de croissance entre les recensements de 1988 et 1996, est le plus fort pour l'Archipel des Tuamotu-Gambier qui progresse de 24,2%. Une croissance 8% supérieure à la moyenne du Territoire qui est nettement supérieure aux recensements précédents 1988-1983 dont le taux de dépassait pas 4,9%.

Si l'on s'intéresse au bilan migratoire entre 1988 et 1996, l'Archipel des Tuamotu-Gambier et des Iles Sous-le-Vent sont excédentaires contrairement aux Marquises et Australes. Les gains nets des Iles Sous-le-Vent n'excèdent pas 416 personnes contre 1498 pour les Tuamotu-Gambier.
La carte ci-dessous montre comment se répartie cette croissance dans les atolls et îles de l'archipel, en vue d'établir à terme une éventuelle corrélation avec l'activité perlière de certains d'entre eux.
Pour repère, les atolls dont les noms sont indiqués, rassemblent tous des taux de croissance supérieurs à 15%.


rsperca3.gif (9967 octets)

 

Quatre atolls ne sont pas répertoriés compte tenu du très faible effectif, qui aurait faussé le taux de croissance et l'interprétation de la carte. Il s'agit de Toau, Taiaro, Tauere et Nengonengo.
Une exception, Marutea Sud est représenté aux Gambier car même si en 1988 il ne compte que 8 habitants, en 1996 ce sont 214 personnes qui peuplent l'atoll. C'est pourquoi il affiche un taux de croissance de 2575% alors que le second taux de l'Archipel atteint 300%. Marutea Sud profite de l'installation exclusive, des fermes perlières de M. R. WAN.

 
Un dynamisme entretenu par l'activité perlière.

  • Pour mettre en évidence l'influence de l'activité perlière sur la population et l'économie des atolls, on a retenu trois variables.
    Le nombre d'exploitants perliers fournit une répartition géographique quantifiée de l'activité. Les taux de croissance de la population (entre les recensements de 1988 et 1996) supérieurs à 15% ont été assemblés avec les taux de population active occupée supérieurs à 30% dans la population totale de 1996. Le résultat cartographique pour ces deux dernières variables, est représenté par une valeur relative qui recense les atolls entrant dans cette définition. Les limites respectives fixées pour les taux sont volontairement inférieures ou égales à la moyenne de l'archipel, (pour rappel le taux de croissance moyen atteint 24,2% et le pourcentage de population active occupée par rapport à la population totale 28,2% mais est fortement minoré par la comptabilité des atolls non habités). Ceci afin de mettre en évidence tous les atolls sans exception, démographiquement et économiquement dynamiques qu'ils soient soumis à l'exploitation perlière ou pas.


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Résultats :
22 atolls sur l'ensemble de l'Archipel entrent dans les critères démographiques retenus. Sur ces 22 atolls, seulement 4 ne recensent pas directement la présence d'exploitants perliers mais profitent en fait pour au moins deux d'entre eux de statistiques très faibles en 1988 qui faussent les taux de croissance. Il s'agit de Hereheretue dont 20 habitants sont recensés à cette date et de Tematangi 36 habitants.
A contrario même phénomène observé, sur les 25 atolls qui accueillent des exploitants perliers, 21 sont colorés en rouge c'est à dire avec des taux respectifs supérieurs à 15% et 30%. Il s'agit par exemple de Amanu dont les taux avoisine la limite retenue avec respectivement + 40% et + 29%.

En résumé, une correspondance évidente s'observe entre les atolls démographiquement dynamiques et les atolls empreints de l'activité perlière. L'activité perlière est à l'origine d'un dynamisme certain et soutenu depuis 1988 dans ces atolls , qui représentent environ 50% du territoire de l'Archipel des Tuamotu-Gambier. D'un point de vue plus général, on constate que les quinze premiers atolls perliers (ceux qui possèdent le plus grand nombre d'exploitants et de concessions perlières), détiennent 3 739 actifs occupés en 1996, soit 57% de l'effectif total qui atteint 6 550 avec la proportion de Moruroa qui comptait à cette date 995 actifs. Bien entendu, il faut compter notamment sur les actifs du coprah, du tourisme et de la pêche qui peuplent ces quinze atolls mais dans des proportions moindres mis à part pour Rangiroa et Hao où les employés sont plus nombreux.
On constate finalement l'étude achevée que la perliculture occupe 1 actif sur 3 dans l'Archipel. On rejoint à ce titre l'estimation de l'Institut Territorial de la Statistique, qui publie en ces termes, dans les tableaux de l'Economie Polynésienne de 1998, page 260:
"Avec 2 000 emplois directs, la perliculture fait vivre 1 ménage sur 4 aux Tuamotu-Gambier". Son implantation loin de la capitale a permis, en outre de stabiliser les populations sur place, voir d'intensifier les flux migratoires d'archipel".
D'autres recherches menées récemment par G. Blanchet de l'IRD dans le cadre du Programme Général de Recherche sur la Nacre montrent le rôle de la perliculture comme facteur de retour dans les atolls :
"De 1971 à 1997, la population de l'archipel double, passant de 8.226 à 16.370 habitants. Dans le même laps de temps, celle des 6 principales communes perlicoles triple et passe de 2.483 à 6.997 habitants, une progression qui représente, à elle seule, plus de la moitié de celle de l'archipel". Il s'agit de Arutua, Fakarava, Makemo, Manihi, Takaroa et les Gambier.

La dynamique perlière va parfois plus loin, en contribuant à créer des micro pôles d'activités au sein de l'Archipel avec la recherche scientifique qui "l'accompagne". L'exemple de Rangiroa avec le Centre des Métiers de la Nacre et de la Perliculture ou encore Takapoto qui accueille l'antenne scientifique du Service des Ressources Marines. Cette délocalisation forcée ou pas, a le mérite par la proximité et l'échange direct avec les exploitants des expériences, d'accélérer la diffusion technologique des nouvelles connaissances et pratiques du métier de perliculteur isolé et parfois peu enclin aux changements.


Les progrès sociaux?

Selon l'étude menée dans le cadre du PGRN par M. G. Blanchet de l'IRD, "les communes perlicoles se trouvent face à des évolutions hétérogènes qui sont liées à la situation particulière de chaque île et à l'importance des mouvements migratoires qui s'y opèrent depuis 1988".
Le tableau renseigne sur l'évolution du taux d'équipements des ménages dans les principales communes perlicoles des Tuamotu-Gambier en 1996 et la croissance par rapport au recensement précédent de 1988 (en %).
D'après l'analyse de G. Blanchet, on remarque qu'en matière d'habitat le nombre d'insulaires habitant dans des maisons traditionnelles a doublé passant de 9 à 19% entre 1988 et 1996. Takaroa qui est l'une des communes qui a le plus profité du boom perlier du début des années 90, montre une progression de la proportion du nombre d'insulaires habitant dans ces maisons traditionnelle, de 40% entre les recensements.
G. Blanchet souligne à ce titre :
" la versatilité de la situation dans les atolls" à l'exemple de Takaroa.
D'autres communes sont en quelque sortes, victimes de l'économie perlière d'îles voisines. C'est le cas des Gambiers, où la proportion des maisons à l'eau courante a chuté de 81% à 43%, ce qui peut s'expliquer par l'importance des migrations vers Marutea Sud ou Rikitea.
D'une manière générale, le taux d'équipement des ménages a augmenté pour l'ensemble de l'archipel. Pour l'ensemble de ces communes perlicoles, l'équipement des ménages en sanitaires, est supérieur ou égal à la moyenne de l'archipel, excepté pour Hao qui profite des installations du CEP et dont le taux a peu évolué. Le téléphone et la télévision sont sureprésentés par rapport à la moyenne de l'archipel, dans les communes de  Arutua, Hao, Takaroa et les Gambier. 


Références citées :

Blanchet G. (2000) "Place et rôle des activités nacrières et perlières dans l'économie et la société locales" (PGRN 2, Action de recherche N° 1 "Etude socio-économique de la perliculture en Polynésie française").

Mathieu B. (1998) Mémoire de maîtrise:"La perliculture peut-elle constituer un moteur de développement en Polynésie française".

mise à jour : 10/07/2008

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