Caractéristiques
de l'océan polynésien
par Marie
José Langlade , IRD
(synthèse
d'après F. Rougerie et B.
Wauthy dans l'atlas de Polynésie Française)
Structure
hydroclimatique du Pacifique Central Sud: le tourbillon (ou
"gyre")
Dans
la bande intertropicale, les alizés imposent à l'océan une
circulation générale zonale des eaux d'est en ouest. C'est le système
des Courants Equatoriaux (CE). L'eau accumulée dans l'ouest a tendance à refluer
vers l'est dans les couloirs où les vents sont faibles ou
variables, par les Contre Courants Equatoriaux (CCE). Au sud de
30° S le régime des vents d'ouest se traduit par un transport
vers l'est des eaux d'origine tropicale et subtropicale, par le
Courant du Pacifique Sud (CPS) qui prolonge les Courants Est
Australien et Tasmanien. Plus au sud encore, au-dessous de 45°
S, commence le domaine du plus puissant des courants
océaniques, le Courant Antarctique Circumpolaire (CACP), qui
transporte un énorme volume d'eau. A l'approche du continent
sud-américain, une partie des eaux est déviée vers le nord
et alimente le Courant du Pérou ou Courant de Humbolt qui
rejoint la zone équatoriale après une rotation vers l'ouest.
Ainsi sous l'action du formidable couple "alizé d'est -
vents d'ouest", les eaux du domaine tropical et subtropical
sont entraînées dans un mouvement de rotation anticyclonique.
Elles forment le tourbillon du Pacifique Sud (ou gyre pour les
anglosaxons), bordé à l'est par le continent américain, à
l'ouest par les veines de courant à forte composante sud dans
la zone des Tuamotu-Gambier.
L'océan
polynésien en
surface
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La
structure thermo-haline observée en été austral et en hiver
austral met en évidence une opposition entre l'est et l'ouest.
La distribution de salinité met en relief la localisation de la
zone de formation de l'Eau Tropicale du Pacifique Sud à l'est
des Tuamotu où l'on relève plus de 36,5 %°
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En zone
tropicale et subtropicale (15°S à 30°S), l'océan est
un réceptacle de CO2 ce qui se traduit par
un fort pH
(> 8,3), facteur favorable à la construction des
édifices coralliens par des madrépores |
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Le
nitrate minéral dissous, en tant qu'élément
indispensable à la production autotrophe de
matière organique par le phytoplancton et les algues,
est un excellent indicateur de la fertilité potentielle
d'une masse
d'eau. Les eaux aux Tuamotu sont oligotrophes
c'est-à-dire très pauvres en sels nutritifs.
La
très faible charge des eaux en pigments chlorophylliens
et donc en phytoplancton au niveau des Tuamotu, lui
donne cette transparence "bleu des mers du
sud" biologiquement synonyme de désert marin. |
L'océan
polynésien au sein de l'océan
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Ci-dessous
les coupes physico-chimiques de 0 à 400 m
dans
la bande méridienne 150° - 140° W, de l'Equateur à
35° Sud |
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Température |

Salinité |

Oxygène
dissous |
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Chlorophylle |

Nitrate
dissous |

Charge
en particules |
Conclusions
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La
région océanique centrale où sont dispersés les
archipels de Polynésie est pratiquement toute entière
incluse dans l'immense gyre du Pacifique Sud dont la
circulation anticyclonique résulte du couple d'entraînement
des vents alizés en zone tropicale et des vents d'ouest en
zone subtropicale. Le
caractère convergent de cette circulation conduit à une
accumulation des eaux de surface dans la partie centrale du
gyre. Les
conditions climatiques locales d'extrême insolation y maintiennent une température
et une salinité élevées et la masse d'eau relativement
homogène ainsi formée constitue une lentille de 200 mètres
d'épaisseur, flottant sur des eaux profondes, plus denses,
dont elle reste isolée par la grande stabilité verticale résultant
de cette stratification.
Dans
la couche de surface où le temps de résidence des eaux est
maximal, la production phytoplanctonique a tôt fait d'épuiser
le stock de sels nutritifs disponibles.
De plus, les particules organiques vivantes ou détritiques
à flotabilité négative qui ont tendance à s'enfoncer par
gravité, disparaissent progressivement de la
couche euphotique et finissent par sédimenter sur le
fond du bassin, à 5 000 m de profondeur.
Cette exportation insidieuse correspond pour l'écosystème
pélagique à une perte nette et explique finalement les
caractéristiques de l'eau centrale du gyre: très grande
transparence, quasi absence de sels nutritifs, de
particules, de plancton et donc d'organismes des niveaux
trophiques supérieurs, céphalopodes ou poissons.
Il s'agit donc bien là d'un vaste désert océanique
dont les limites occidentales englobent largement l'ensemble
de la ZEE (Zone Économique Exclusive) polynésienne, à
l'exception de l'archipel des Marquises.
Cela
dit, le désert océanique possède de petites oasis, lagons
d'îles hautes et atolls où la productivité est élevée,
en particulier au sein de l'écosystème corallien.
Le fait que ces ensembles récifo-lagonaires aient
une production nette positive, alors même qu'ils sont baignés
par des eaux oligotrophes, a constitué une énigme.
Plusieurs hypothèses ont été émises. Pour ceux
qui désirent en savoir plus, leur
analyse est traitée dans le chapitre "échanges
entre les atolls et l'océan"
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Références
bibliographiques Rougerie
F, Wauty B, 1993, l'océanographie du Pacifique
Central Sud in Atlas de Polynésie Française, ORSTOM
Editions, 20-21 |