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Généralités
Les sédiments
meubles (sable fin) couvrent une part importante des fonds des
lagons d'atolls. Ils abritent une vie animale et végétale
importante. Dans ce chapitre, nous parlerons des organismes photosynthétiques
unicellulaires qui vivent à la surface et enfouis dans les
premiers centimètres de sédiments. Ces organismes sont
des algues et des cyanobactéries.
Ils
sont très difficiles à observer au microscope, aussi leur
biomasse est estimée à partir du dosage de molécules
caractéristiques du règne végétal, les pigments, et des
organismes vivants, l'ATP.
L'estimation
de leur production est particulièrement importante dans les
écosystèmes côtiers de faible profondeur. On la mesure en
observant l'augmentation de l'oxygène dissous dans des
enceintes transparentes.
Méthodologie
Les
études présentées ici ont été réalisées avec les
méthodes suivantes:
Les
pigments photosynthétiques ont été analysés par fluorimétrie
et par spectrophotométrie.
La
teneur des sédiments en ATP a été mesurée selon la méthode
de Bancroft et al. (1976).
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La
production primaire a été mesurée par la méthode des
bilans d'oxygène,
en lumière et à l' obscurité. Ces bilans ont été
effectués sur les populations incubées in
situ
sous des enceintes transparentes, soumises à une légère
agitation. La production a été estimée à partir de
bilans sur 4h. |

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Le
pourcentage d’énergie arrivant au niveau des incubations a été
obtenu à l’aide d’un quantummètre LICOR équipé d’une
cellule sphérique.
Tikehau
Atoll
le plus étudié, Tikehau a donné lieu à plusieurs
observations et résultats.
En
termes de biomasse:
-
l'ATP
(adénosine
triphosphate), avec une moyenne de 4.1 mg m-2
dans les sédiments de surface, est faible.
Sa distribution verticale est hétérogène : les pics
observés peuvent être attribués à l’existence de
microorganismes hétérotrophes, aucune corrélation
n’ayant été mise en évidence avec la teneur en pigments
de ces niveaux de sédiment. Dans la couche superficielle,
le carbone phytobenthique, représente 76% du carbone vivant
total.
-
Les
pigments : La variabilité des
concentrations en pigments photosynthétiques n’apparaît
pas en priorité liée à la profondeur des stations
prospectées (0.60 m à 40 m) et ceci pour tous les pigments
considérés. Par ailleurs, bien que l’excès d’énergie
lumineuse puisse être un facteur limitant la photosynthèse
par photo-oxidation, le microphytobenthos des fonds de lagon
n’est pas apparu inhibé par l’éclairement, maximal à
ces latitudes. Dans l’ensemble, les valeurs observées sur
les 5 premiers millimètres de sédiment, ont, pour tous les lagons
d’atolls prospectés, une moyenne avoisinant les 10 mg de
chlorophylle par m2. Cette valeur est
4 fois plus faible que celle estimés pour les sédiments de
Nosy-Bé (Madagascar) par Plante-Cuny (1978).
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La
présence des chlorophylles a été observée dans la
profondeur des sédiments pour toutes les stations, sans
discrimination de leur profondeur ; à –10 cm sous l'interface eau-sédiment, la chlorophylle active représente encore 17.5%
de la chlorophylle active de la couche superficielle.
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La
cause est peut-être à rechercher dans
l’hydrodynamisme du lagon ou dans une possible
migration volontaire ou non (bioturbation) des
organismes dans le substrat. Excepté la chlorophylle b,
qui augmente nettement avec la profondeur dans le sédiment,
tous les autres pigments diminuent
avec l’enfouissement à partir du premier 0.5
cm. |
En
comparaison avec la biomasse phytoplanctonique de Tikehau, la
valeur moyenne de chlorophylle active, répartie de façon homogène
dans la colonne d’eau, est de l’ordre de 0.2 mg m-3
(Charpy 1985). Les biomasses microalgales benthique et
planctonique seraient donc égales à partir d’une profondeur
d’intégration de 50 m. Le pourcentage de carbone
phytobenthique est beaucoup plus élevé que le pourcentage de
carbone phytoplanctonique, estimé par Charpy (1985) à 14%.
En
termes de production:
L'étude de la production a été étudiée de 1983
à 1986 sur l'ensemble des fonds meubles
blancs du lagon (0m à 40m) , qui prédominaient largement
durant cette période. En effet, depuis 1990, la colonisation, la répartition
et la densité des biofilms photoautotrophes a progressivement augmenté;
en conséquence la production primaire microbenthique totale
des fonds de lagon aussi. Les résultats présentés ici sont
ceux obtenus sur les fonds blancs, qui excluent une importante
colonisation par les communautés cyanobactériennes.
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L’étude
de l’énergie lumineuse a montré que les pourcentages
mesurés en surface décroissent avec la profondeur
suivant la relation exponentielle :
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%
d’énergie incidente = e (40.45-0.066Z) |
Z
= profondeur en mètres
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Dans
un premier travail la production phytobenthique a été suivie
dans le temps (cinétique) avec
des mesures d'oxygène dans les cloches
toutes les heures.
Les cinétiques
de production ont montré que:
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1) les processus de photosynthèse
l’ont toujours emporté sur la respiration.
2) la photosynthèse
est maximale à midi et la respiration est à peu près
constante.
3) les productions suivent une évolution identique
à celle de l’énergie lumineuse.
4) les plus fortes
irradiances n’inhibent pas le phytobenthos étudié.
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A
partir des résultats des incubations de courte durée, beaucoup
plus nombreuses que les cinétiques, il a pu être
établi que :
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1)
il existe entre production journalière
d'oxygène et profondeur la relation :
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PJ
(g O2 m-2 j-1)
= - 25.5 x Profondeur + 1005 |
2)
la
profondeur pour laquelle la PJ(O2) s’annule
est 39 m ; la quasi-totalité des fonds du lagon de
Tikehau participe donc à la production primaire. Compte
tenu des surfaces des tranches bathymétriques, c’est
la tranche [20-25] m qui contribue le plus à cette
production.
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On
peut calculer la production brute (PB) en utilisant l'équation
de Mc Closey et al. (1978) soit:
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PB(g
C m-2 j-1) = PN x 0.375 x
PQ + R x 0.375 x RQ |
avec
: PN = production nette (g O2 m-2
j-1)
R
= respiration (g O2 m-2
j-1)
PQ
= rapport du nombre atomes C / nombre molécules O2
, produits durant la photosynthèse
RQ
= rapport du nombre atomes C / nombre molécules O2
respirés
PQ
et RQ ayant été choisis égaux à 1, la PB journalière
moyenne phytobenthique des fonds blancs de Tikehau a été
estimée à:
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La
comparaison entre les productions primaires benthique,
planctonique et totale du lagon montre que la
production phytobenthique l’emporte sur la production
de la colonne d’eau pour les fonds de 0-10 m, lui est
équivalente pour les fonds [10-15]m , limite au delà
de laquelle la production phytoplanctonique l’emporte.
Les deux types de production se « compensant »,
la production totale reste à peu près constante quelle
que soit la profondeur considérée.
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Takapoto
Les
stations ont été réparties sur l’ensemble du lagon.
La
biomasse (6 mg Chl m-2 en moyenne) est légèrement
plus faible que celle observée à Tikehau. Ses valeurs les plus
élevées ont été observées aux stations de plus grande
abondance de nacres. En revanche, la proximité de ces élevages
est apparue n’avoir aucune influence sur la production
microalgale ; le rôle des microvégétaux benthiques
n’est donc pas, a priori, à rechercher dans l’alimentation
des nacres.
La
production brute, dont la valeur moyenne est de 0.14 g
C m-2 j-1 (soit moitié moindre qu’à
Tikehau), est presque exclusivement liée à la profondeur par la relation :
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Production
(g
C m-2 j-1)=
-3.8 x Profondeur (m) + 69 |
A la
profondeur moyenne du lagon (25 m), la production nette d'oxygène est
négative (-25 mg O2 m-2 j-1).
Cette
page est tirée de l'article :
Charpy-Roubaud
C.J., (1988). Production primaire des fonds meubles du lagon de
Tikehau (Atoll des Tuamotu, Polynésie Française). Oceanol. Acta, 11:
241-248.
Références
Charpy
L. (1985) Distribution and composition of particulate organic matter
in the lagoon of Tikehau (Tuamotu archipelago, French Polynesia).
Proceed of the fifth intern coral reef Symp. 3 : 353-357.
Charpy-Roubaud
C.J. & Charpy L. (1994). Productions primaires. Rap. Final du PGRN,
EVAAM, Tahiti, pp 29
MacClosket
I.R., Wethey D.S., Porter J.W. (1978) Measurement and interpretation
of photosynthesis and respiration in Coral reefs research methods,
edited by D.R. Stoddart and J.E. Johannes, Unesco : 379-396
Plante-Cuny
M.-R. (1973). Recherches sur la production primaire en milieu
tropical. 1 : Variation de la production primaire et des teneurs en
pigments photosynthetiques sur quelques fonds sableux. Valeurs des résultats
obtenus par la méthode du 14C. Cah. ORSTOM, Sér. Océanogr., 11(3):
317-348.
Plante-Cuny
M.-R. (1984). Le microphytobenthos et son rôle à l'échelon primaire
dans le milieu marin. Oceanis 10: 417-427.
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