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Pour estimer la biomasse du
phytoplancton, on peut déterminer et dénombrer les organismes. Quand les
organismes ont une taille inférieure à 3 µm, il faut utiliser un microscope
en épifluorescence ou mieux, un
cytomètre en flux. Dans les deux cas on se sert de l'autofluorescence des
cellules phytoplanctoniques pour les reconnaître. |
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microscope
en épifluorescence
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cytomètre en flux
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La
cytométrie en flux permet l'analyse combinée de deux critères de taille et
de trois fluorescences verte, orange et rouge produites par des pigments
naturels ou des colorants. Ces 5 paramètres optiques
permettent l'identification des groupes du phytoplancton. Ainsi les Synechococcus
sont caractérisés par leur fluorescence verte, orange et rouge. Les Prochlorococcus
et les picoeucaryotes fluorescent en rouge. Les trois groupes cellulaires sont
séparés par leur taille.
Exemple de
cytograme
En
utilisant les paramètres mesurés par le cytomètre de flux, on peut calculer
la structure des communautés picoplanctoniques et d'estimer leurs
contributions relatives à la concentration en chlorophylle, la biomasse en
carbone et à la production primaire. Le détail du modèle utilisé pour
estimer ces contributions apparaît dans Figure 1
et Figure 2.
Pour
calculer les volumes cellulaires du picoplancton, nous avons utilisé le
"forward light scatter" (ou diffraction avant) (FSC) qui est
essentiellement dépendant de la taille des cellules mais également de
leur forme et de leur indice de réfraction. On a
considéré que les cellules étaient sphériques et possédaient un même
indice de réfraction. La relation
reliant FSC et la taille des sphères (Morel 1991) permet, de
calculer le diamètre d'une sphère connaissant l'exposant x. On peut calculer
x en appliquant cette relation à des cellules dont on a mesuré le diamètre
par microscopie. Si on considère que l'exposant x est le même pour les 3
taxons, une seule mesure suffit.
La
contribution des procaryotes à la production phytoplanctonique peut être
estimée à partir du pourcentage de production dû à la fraction <1 µm.
La contribution des 2 groupes de cyanobactéries à la production <1 µm
peut-être considérée la même que leur contribution à la chlorophylle.
La
chlorophylle est le principal pigment photosynthétique du règne végétal.
La mesure de sa concentration dans les eaux marines donnera une bonne
estimation de la biomasse du phytoplancton. La méthode est simple: On récupère
le phytoplancton sur des filtres capables de retenir toutes les cellules, on
extrait la chlorophylle avec un solvant (acétone ou méthanol) et on mesure
la fluorescence de l'extrait.
C'est en se basant sur la chlorophylle
récupérée sur des filtres de taille de pore 3 µm, 1 µm et 0,2 µm que
nous avons calculé les contributions du picoplancton (<3 µm) au
phytoplancton total. Sur les 2 atolls les plus étudiés, on trouve 80 %
de phytoplancton ayant une taille inférieure à 3 µm et 60 % à
1 µm.
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Contributions (moyenne ± erreur
standard) des différentes classes de taille à la chlorophylle |
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Lagon |
Chlorophylle |
| |
>3µm |
3-1µm |
<1µm |
<3µm |
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Takapoto
1991-1994 |
19.2 ± 0.4
(n=386) |
23.0 ± 0.5
(n=386) |
57.6 ± 0.4
(n=386) |
80.8 ± 0.5
(n=386) |
|
Tikehau
1991-1994 |
22.4 ± 0.9
(n=123) |
17.4 ± 0.5
(n=113) |
60.1 ± 0.9
(n=113) |
77.6 ± 0.9
(n=123) |
Cette petite taille des cellules se
retrouve dans les 14 autres lagons étudiés avec des pourcentages de cellules
voisins de 80 % pour les moins de 3 µm
et de l'ordre de 50 à 60 % pour les moins de 1µm. (Figure).
| Abondance du picoplancton |
La biomasse du phytoplancton, la
contribution du picoplancton et les abondances des 3 taxons des 11 atolls
étudiés et de l'océan apparaissent dans le tableau.
A Takapoto, pendant les rares périodes
sans alizés, on observe un maximum de cellules du picoplancton à partir de
15 m de profondeur (Figure).
La variabilité temporelle du
picoplancton a pu être estimée à partir des comptages en épifluorescence
de Synechococcus et de picoeucaryotes. On observe une augmentation de
l'abondance des Synechococcus en fin d'après midi et ce jusqu'à 22 h.
Par contre le pourcentage de cellule en division voisin de 0 la nuit, augmente
à partir de 6 h jusqu'à 18 h. C'est donc en fin d'après midi que les
cellules achèvent leur division cellulaire. La diminution de l'abondance
après 22 h correspond au broutage par le zooplancton (Figure).
La variabilité mensuelle des abondances
en Synechococcus et picoeucaryotes a pu être suivie pendant 2 ans dans
le lagon de Takapoto. Le maximum est observé pendant l'hiver austral pour les
cyanobactéries et pendant l'été austral pour les algues (Figure).
Grâce à d'excellentes corrélations
entre fluorescence totale (après extraction) et les fluorescences des 3
taxons, nous avons pu calculer les coefficients y
(fg chl a
par unité relative de fluorescence rouge (Figure).
Nous observons une très bonne concordance entre la chlorophylle mesurée et
la chlorophylle calculée par notre modèle (Figure).
Nous avons donc calculé les contributions des 3 taxons à la biomasse et à
la production phytoplanctonique dans tous les lagons où nous avons fait de la
cytométrie (Figure). Les procaryotes
dominent dans tous les lagons sauf dans 2 atolls très particuliers : Taiaro
qui est totalement fermé et sursalé et Tekokota, atoll de très faible
profondeur et très ouvert sur l'océan. Dans la plupart des lagons les Synechococcus
dominent biomasse et production. Les Prochlorococcus ne sont abondants
que si les lagons ont une profondeur moyenne dépassant 30 m. Des
efflorescences de Prochlorococcus dans le lagon de Hiti en novembre
1995 (281 103 cellules ml-1) et à Haraiki en a mars
1996 (210 103 cellules ml-1) ont modifié complètement
la composition taxonomique du picoplancton.
| Taille et teneur en C du
picoplancton |
En utilisant la relation liant FSC et
taille des sphères et les mesures précises du diamètre des Synechococcus
(0,8 µm), on trouve une valeur de x de 3.94 pour les eaux lagonaires de
Takapoto et 4.34 pour les eaux océaniques superficielles. On peut ainsi
calculer les tailles des cellules dans l'océan et dans le lagon en utilisant
les valeurs de FSC. On observe que la taille des 3 taxons varie en fonction de
l'heure de la journée mais peu en fonction de la profondeur (Figure).
La teneur en carbone est alors calculée à partir des facteurs de conversion
C/Volume de Verity et al. (1992). On obtient ainsi dans le lagon des teneurs
en C par cellule de 53 fg C cellule -1 pour les Prochlorococcus,
180 fg C cellule-1 pour les Synechococcus et 4970
fg C cellule-1 pour les picoeucaryotes. Dans les eaux
océaniques, ces valeurs deviennent : 53 fg C cellule -1 pour
les Prochlorococcus, 191 fg C cellule-1 pour les Synechococcus
et 2568 fg C cellule-1 pour les picoeucaryotes. Dans le
lagon de Takapoto, la contribution des Prochlorococcus au C était
faible; elle était du même ordre pour les Synechococcus et les
picoeucaryotes (Figure).
| La production
phytoplanctonique |
La production phytoplanctonique a été
mesurée in situ de nombreuses fois dans les lagons des atolls de
Tikehau et Takapoto.
Quelques exemples de profils verticaux
apparaissent dans les figures 1 et 2
Si on moyenne l'ensemble des mesures
réalisées sur ces 2 atolls et en intégrant les valeurs de production
jusqu'à 25 m (profondeur moyenne des 2 lagons), on obtient une production
phytoplanctonique moyenne de 0,7 g C m-2 jour-1 à
Tikehau et 0,8 g C m-2 jour-1 à Takapoto.
Un indice intéressant pour comparer la
fertilité des lagons est le rapport production sur biomasse (P/B). Dans ces 2
atolls, on trouve des P/B très élevés, atteignant 20 mg C par mg de
chlorophylle et par heure (Figure 1 et Figure
2). Ceci indique que le phytoplancton de ces lagons a une croissance très
rapide, très certainement due au picoplancton dont le taux de doublement
journalier atteint 1,3.
Dans l'ensemble des atolls étudiés, le
picoplancton <1 µm contribue de 30 à 80 % à la production primaire. A
part l'atoll d'Hiti où en mars 1996, on observait une efflorescence de Prochlorococcus,
l'essentiel de la production primaire est assurée par les Synechococcus
et les picoeucaryotes.
La production primaire intégrée est
maximum à Kauehi, mais sa profondeur moyenne dépasse 30 m (tableau)
Le phytoplancton des lagons d'atolls et
des eaux océaniques avoisinantes est dominé par le picoplancton
(<3 µm). Les cyanobactéries représentent l'essentiel de la biomasse
du picoplancton <1 µm. Dans cette classe de taille, les Prochlorococcus
dominent les eaux océaniques et les Synechococcus les eaux lagonaires.
Les picoeucaryotes sont présents dans tous les lagons mais ne dominent la
biomasse que dans quelques atolls.
La production phytoplanctonique des
lagons de 25 m de profondeur moyenne est de l'ordre du g de carbone par m2
et par jour. Le picoplancton se divise environ une fois par jour, en
fin de journée.
Cette page est tirée des l'articles :
Charpy
L. (1996) Phytoplankton biomass and production in two Tuamotu atoll lagoons
(French Polynesia). Mar Ecol Progr Ser 145 : 133-142
Charpy
L, Blanchot J (1998) Photosynthetic picoplankton in French Polynesia atoll
lagoon: Estimation of taxa contribution to biomass and production by flow
cytometry. Mar Ecol Prog Ser 162: 57-70
Références citées:
Chisholm SW, Olson RJ, Zetttler ER,
Goerike R, Waterbury JB, Welschmeyer NA (1988) A novel free-living
prochlorophyte abundant in the oceanic euphotic zone. Nature 334: 340-343
Morel A (1991) Optics of marine
particles and marine optics. In : Particles analysis in oceanography.
Proceedings of the NATO Advanced Study Institute of Individual Cell and
Particle analysis in Oceanography. Aquatifreda di Maratea, Italy, 21-30
October 1990, Springer ; Berlin, pp 141-188
Partensky F, Blanchot J, Vaulot D (1999)
Differential distribution and ecology of Prochlorococcus and Synechococcus in
oceanic waters : a review. In Marine cyanobacteria, Charpy L et Larkum AWD (eds)
Bulletin de l'Institut Océanographique, Monaco, n°19: 457-475
Verity PG, Robertson CY, Tronzo CR,
Andrews MG, Nelson JR, Sieracki ME (1992) Relationships between cell volume
and the carbon and nitrogen content of marine photosynthetic nanoplankton.
Limnol Oceanogr 37 : 1434-1446