Minéralisation de la
matière organique (MO)
Hypothèse
de départ
Une
hypothèse fondamentale des modèles diagénétiques (Berner
1977 ou Rabouille et Gaillard 1990) est l'existence d'un état
d’équilibre au sein des eaux interstitielles. Dans le cas
d’une bioturbation importante, cette hypothèse ne
s’applique pas. Cependant, le principal processus géochimique
étant identifié, nous pouvons déterminer la quantité de matière
organique minéralisée en utilisant les profils de
concentration de la station profonde (St 8 à 37 m) et un modèle
simple stoechiométrique.
Modèle
stoechiométrique
Les
réactions d’oxydation
En
milieu aérobie, "CH2O"
+ O2 → CO2 + H2O (1)
"CH2O" représente la MO
En
milieu anaérobie, "CH2O"
+ ½
SO4=
+ H + → ½ H2S + CO2
+ H2O (3)
On
peut réécrire les réactions d’oxydation de la matière
organique comme suit:
|
(CH2O)x
(NH3)y H3PO4 + xO2
→ xCO2
+ yNH3 + H3PO4 + xH2O
(4)
(CH2O)x
(NH3)y H3PO4 + x/2 SO4=
+ xH+ → x/2 H2S + xCO2 + yNH3
+ H3PO4 + xH2O (5)
CaCO3
+ CO2 + H2O ↔ Ca++ + 2HCO3-
(2)
|
|
ΔΣCO2
= ΔO2 + ΔCa (6)
ΔΣCO2
= ΔH2S + ΔCa
|
|
ΔAlk
= (1-y)/x ΔO2 + 2ΔCa
(7)
Dans
l'équation (7), la contribution de borate est supposée
constante et celle de H3SiO4-
négligeable
ΔAlk
= 2(1-y-1)/x ΔH2S + 2ΔCa
Les
variations d’H2S aux différentes profondeurs,
sont estimées en utilisant une fonction polynomiale obtenue
par ajustement des profils. |
Profil
théorique d’alcalinité
On
peut utiliser le modèle stoechiométrique pour calculer un
profil théorique d’alcalinité.
|
Station 8 |
|

|
Si on compare le profil théorique
avec le profil mesuré (Figure), on constate une très bonne
concordance pour un rapport C :N de 9.6. Ce rapport élevé
(comparé au rapport de Redfield de 6.6) reflète l’origine détritique
de la matière organique en cours d’oxydation.
|
Diagenèse
et équilibre chimique
Estimation
quantitative des réactions de diagenèses
On
peut estimer la quantité de matière organique (MO) minéralisée
suivant les deux types d’oxydation à partir des réactions
(4) et (5).
ΔOM/ΔO2
= 1/x. Si x = 106 et O2 = 187 µM, on obtient OM =
1.8 µM. En utilisant la valeur de la porosité de 0.62, une
densité du sable corallien estimée à 2.5 g cm-3
et la densité de l’eau de mer 1.025 g cm-3, on
obtient un taux d’oxydation de 2.5 mg OM par kg de sédiment.
ΔOM/ΔO2
= 2/x. Si x = 106 et H2S = 116 µM, on obtient OM =
2.2 µM. En utilisant la valeur de la porosité de 0.57, on
obtient un taux d’oxydation de 2.7 mg OM par kg de sédiment.
La
capacité de minéralisation des sédiments est de 5.2 mg OM
par kg de sédiment. Cette valeur est faible comparé aux
valeurs données dans la littérature. Cela reflète la faible
productivité de l’écosystème lagonaire.
Equilibre
chimique entres l’aragonite et les eaux interstitielles
Nous
avons calculé un indice de saturation (SI) pour déterminer si
il existait des réactions couplées de dissolution/précipitation
du carbonate de calcium dans les conditions d’équilibre.
SI = [Ca] [CO3] / Ks
[Ca]
et [CO3] représentent le calcium dissous et le
carbonate total, ainsi que les ions libres ou complexés. Ks
= Constante stoechiométrique de solubilité.
Nous
avons utilisé les valeurs de Ks de 6.34 10-7
et 4.23 10-7 données par Mucci (1983) pour
l’aragonite et la calcite.
[Ca]
est obtenu directement par analyse, mais [CO3] doit
être calculé à partir des valeurs d’alcalinité des
carbonates et de celles du pH. On obtient finalement l’équation :
[CO3]
= Alkc / ( 2 + 10 (pK2 – pH) )
Où
pK2 est la seconde constante de dissociation de H2CO3.
Quand la valeur de SI est très proche de 1, cela signifie
qu’il y a un état d’équilibre entre le sédiment et les
eaux interstitielles. Quand SI >> 1, les eaux
interstitielles sont sursaturées par rapport à la phase solide
et il y a un risque de précipitation. Quand SI < 1, la phase
solide est en dissolution.
|
Dans
le profil de la figure, on constate que les eaux interstitielles
sont saturées en carbonates (Calcite et Aragonite). Les valeurs
maximales de SI sont observées dans les premiers cm de sédiment.
Cela confirme l’hypothèse que l’oxydation de la MO par
l’oxygène entraîne une dissolution du sable corallien. Par
contre quand l’oxydant est H2S, la phase carbonatée
précipite et empêche toute augmentation du pH.
|

|
Conclusions
|
Une
grande partie de la matière organique qui atteint les sédiments
est oxydée dans la colonne d’eau. La quantité de MO minéralisée
dans les sédiments est de 2.5 mg kg-1 dans les
premiers cm et 5.2 mg kg-1 plus profond. Les eaux
interstitielles sont sursaturées en aragonite et calcite. Ceci
montre que le processus de dissolution est plus rapide que la
précipitation.
|
Cette
page est tirée de l'article :
Charpy-Roubaud
C., Charpy L., Sarazin G. (1996) Diffusional nutrient fluxes at
the sediment-water
interface and organic matter mineralization in an atoll lagoon
(Tikehau,
Tuamotu Archipelago, French Polynesia). Mar Ecol. Progr. ser.
132: 181-190
Références
citées :
Berner
RA (1977) Stoichiometric models for nutrient regeneration.
Limnol Oceanogr 29: 781-786
Mucci
A (1983) The solubility of calcite and aragonite in sea water at
various salinities, temperatures and one atmosphere total
pressure. Am J Sci 285 : 780-799
Rabouille
C, Gaillard JF (1990) The validity of steady-state flux
calculations in early diagenesis : a computer simulation of
deep-sea silica diagenesis.
Deep
Sea
Res 37 : 625-646
Redfield
AC, Ketchum BH, Richards FA (1963) The influence of organisms on
the composition of sea water. In : Mac Graw Hill (ed) The Sea,
Vol II p 26-77
|