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Le micro et le mésozooplancton

Par Loïc Charpy, IRD

 

 

 

Méthodes utilisées pour l’étude du zooplancton

  • La stratégie d’échantillonage

La biomasse du zooplancton a été suivie à Tikehau pendant 15 jours en avril 1985 puis de façon hebdomadaire de juillet 1985 à avril 1986. Un suivi de deux ans des biomasses de micro et mésozooplancton a été réalisé mensuellement sur l'atoll de Takapoto.

Les mesures de métabolisme ont été faites sur Tikehau en avril 1985 et avril 1986 et sur Takapoto en novembre 1993 et février 1994.

  • La biomasse

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Les prélèvements de zooplancton à Tikehau et Takapoto ont été réalisés par des traits de filets verticaux à l'aide de filet WP2 pour le mésozooplancton (maille 200 µm) et d'un filet de maille de 35 µm pour le microzooplancton. 

 

Schéma du filet W-P2

La biomasse est exprimée en poids sec (PS) et poids sec sans cendres (PSSC). Les animaux  prélevés par traits verticaux à 9:00 chaque jour et passés sur un tamis de 200 µm (micro-zooplancton) et 2 mm (mésozooplancton) sont ensuite recueillis sur des soies en Nylon pré-pesées de 35 et 100 µm respectivement. Après rinçage avec 100 ml d'eau douce pour éliminer le sel, ils sont alors séchés à 60° C pendant 24 h. La pesée au 1/10 de mg à la balance Metler fournit le poids sec. L'échantillon sec est alors transféré sur des couvercles en aluminium pré-pesés et préalablement grillés à 450° C pendant 3 h afin d'éviter toute contamination de matière organique. Le poids de cendres est obtenu après pesée au 1/10 de mg de l'échantillon brûlé à 550° C pendant 1 h 30.

Le poids sec sans cendres correspond à la différence entre le poids sec et le poids de cendres. Cette mesure est préférée au poids sec car elle représente la matière organique, fraction assimilable par les échelons supérieurs.

On exprime aussi la biomasse PS m-3, concentration moyenne entre le fond et la surface et PS m-2, biomasse totale sur l’ensemble de la colonne d'eau.

Le mésozooplancton prélevé de la même manière que pour la détermination des biomasses, est fixé au formaldéhyde à 10 % de retour à terre. Les animaux ont été triés, comptés sous la loupe binoculaire.

  • Le métabolisme

    • Principe de la méthode

Les taux de production, assimilation et ingestion du zooplancton ont été estimés par la méthode des rapports C/N/P. Cette méthode consiste à évaluer le taux de production (TP) à partir du taux d’excrétion (TE) et du rendement net en croissance (K2) (Le Borgne 1978).

On calcule K2 pour le phosphore (K2P) et pour l’azote (K2N) à partir des rapports atomiques N/P des proies (a1), de l'excrétion (a2), de la constitution du zooplancton (a3) et du rapport (a4) des coefficients d’assimilation (D).

TP=TE x K2/(1-K2)

Le taux d’assimilation TA = TP+TE

Le taux d’ingestion TI = (TP+TE)/D

Le coefficient d’assimilation D = (f'-e')/f' x (100-e')

Avec : e' = composition en matière organique des fèces (%) 
et f' = composition en matière organique des particules (%) 

(Conover 1966).

  • Composition élémentaire

  • Du zooplancton

Après tamisage sur 200 µm et 35 µm, le plancton est broyé. Cent µl de ce broyât dilué sont alors pipetés et transférés dans une nacelle en aluminium pré-pesée et préalablement grillée à 450 °C pendant 3 h afin d'éviter toute contamination organique. Ces nacelles sont alors séchées à l'étuve à 60° C puis pesées avec une précision du µg , avant l'analyse des constituants en C, N et P.

  • Des particules

Un l d'eau de mer tamisée sur 35 µm est filtrée sur des filtres GF/F en fibre de verre de 25 mm rincés avec du HCl 0,1 N, grillés à 450° C pendant 3 h et pré-pesés. Ces filtres ont été congelés en attente des mêmes analyses que celles décrites précédemment.

  • Des pelotes fécales

Le mésozooplancton prélevé par trait vertical est laissé dans un Bêcher pendant 1 h 30 à l'ombre. Les pelotes de copépodes (les plus visibles) sont pipetées et transférées dans des nacelles grillées, traitées comme pour la détermination de la composition élémentaire. En comparant les teneurs en C, N et P des particules et des pelotes fécales, il est possible de calculer le coefficient d'assimilation (nourriture assimilée / nourriture ingérée) par la méthode de Conover (1966).

  • Mesures d’excrétion et de respiration du zooplancton

Les flacons témoins sont remplis d'eau de mer filtrée sur 35 µm. Les expérimentaux renferment des organismes planctoniques prélevés par trait vertical à 17 h30 avec des filets de 35 et 200 µm puis aspirés au hasard. Ces flacons sont alors placés dans un casier immergé à 50 cm sous l'eau pendant environ 12 h (durée nécessaire pour obtenir la stabilisation des taux d'excrétion) (Le Borgne et al., 1989). Au bout de ce temps, l'eau est analysée (oxygène dissous, PO4, NH4, azote et phosphore total) et les organismes incubés sont recueillis sur des filtres GF/F de 47mm pré-pesés et grillés. On peut estimer que l'incubation de zooplancton "total" dans ces conditions représente ce qui se passe dans le milieu naturel.

Les variations des teneurs en O2, NH4, PO4, NT et PT sont calculées par rapport aux témoins et rapportées au mg de poids sec pour fournir des taux de respiration et d'excrétion.

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Les rapports atomiques sont calculés entre la respiration(O), l'excrétion minérale d'azote (NH4) ou de phosphore (PO4), l'excrétion totale d'azote (NT) ou de phosphore (PT). Ils renseignent sur la nature du substrat oxydé et le rendement de l'assimilation par le zooplancton

 

Résultats

  • Biomasse

    • Tikehau

Tableau 1 : Contribution relative  des différentes classes de tailles au zooplancton total 

Taille (size class) 04/1985 04/1986
Microzooplancton 35-200 µm 11 % 49 %
Mésozooplancton 200-500 µm 16 % 28 %
Mésozooplancton 500-2000 µm 42 % 24 %
Macrozooplancton >2000 µm 31 % 0 %

Total

46 mg m-3 31 mg m-3

 

Le micro-zooplancton du lagon de Tikehau est constitué de 43 % d'organismes de taille <100 µm dont 73 % sont des protozoaires (tintinides, cilié). Les foraminifères et les radiolaires sont peu représentés. Les métazoaires représentent 27 %. On estime la biomasse vivante de micro-zooplancton à 3.3 mg C m-3.

On observe 2 maxima de mésozooplancton au mois d'octobre. L'observation microscopique montre l'existence de "bloom" périodique de copépodes, larves, ptéropodes et salpes. La biomasse moyenne est 5 fois plus élevée dans le lagon (35 mg m-3, poids sec) que dans les eaux océaniques.

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  • Takapoto

Le zooplancton de Takapoto est caractérisé par des proliférations de petites méduses appelées "kea kea" par les Paumotus et qui sont des Linuche unguiculata. La prolifération des "kea kea" a été observée globalement d'octobre 1991 à mars 1992 ainsi que lors des deux missions novembre 1993 et février 1994. Il n'a été observé aucune prolifération en 1992.

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Moyennes ± ES de la biomasse du microzooplancton; k=présence de « kea kea (Linuche unguiculata)

On observait deux pics d'abondance du microzooplancton : en août 1991 et en mai 1992. La moyenne annuelle est de 17.3 + 10.8 mg de PS m-3.

 

 Moyennes ± ES de la biomasse du mesozooplancton; k=présence de « kea kea (Linuche unguiculata)

meso.jpg (22500 octets)

L'abondance la plus élevée de mésozooplancton est observée en juillet. Ce pic fait suite au maximum d'abondance observé en mai pour le micro-zooplancton. L'abondance la moins élevée est rencontrée en novembre 1993 et peut être attribuée à l'effet de la prédation par les méduses. La moyenne annuelle est de 8.4 + 5.5 mg de PS m-3, soit deux fois plus faible que celle du micro-zooplancton.

 

On remarque une nette augmentation des biomasses la nuit chez le microplancton et chez le mésoplancton. Par contre, aucune différence significative n'est à observer dans les différents moments de la journée.

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Moyennes ± ES (n) du PS du microzooplancton en fonction de l'heure de prélèvement
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Moyennes ± ES (n) du PS du mésozooplancton en fonction de l'heure de prélèvement

Toutes classes de tailles confondues, les copépodes représentent de loin le taxon le plus abondant avec 87 % d'animaux dont 85 % sont constitués de Paracalanus parvus. Ensuite vient Calanopia minor. En ce qui concerne les autres taxa, on trouve majoritairement des larves de gastéropodes dans le méroplancton avec 70 % d'individus par rapport au méroplancton total. Les carnivores sont constitués par les chaetognathes avec deux espèces de Sagitta. Les appendiculaires sont représentés par une espèce, Oikopleura fusiformis qui ne représente que 0.6 % du total des effectifs. (Voir la page : composition taxinomique à Takapoto)


Moyennes des pourcentages des principaux taxa en novembre 1993 et février 1994

  • Métabolisme

A Tikehau : L'ingestion de l'ensemble du zooplancton >35 µm représente de 31 % à 65 % de l’estimation de la production phytoplanctonique. L’excrétion inorganique du zooplancton contribue pour 32 - 18 % aux besoins en N et pour 17 % aux besoins en P du phytoplancton. La production zooplanctonique représente 15 à 19 % de la production phytoplanctonique.

A Takapoto : Les taux métaboliques du micro et du mésozooplancton sont très voisins quel que soit l’élément considéré. 

Les valeurs mesurées de production et d’ingestion du micro-zooplancton sont nettement plus élevées à Takapoto qu'à Tikehau. Par contre celles mesurées pour le mésozooplancton sont du même ordre de grandeur dans les deux atolls.

Tableau 2 : Taux métaboliques (mg C m-3 j-1) du zooplancton à Tikehau et Takapoto

 

Atoll Taille Production Ingestion
Tikehau microzooplancton  0.2 à 1.2 0.6 à 2.6
  mésozooplancton 4.1 à 4.2 10 à 18
Takapoto microzooplancton  5.24 13.7
  mésozooplancton 3 14

 

Conclusions

  • Le zooplancton (méso et micro) des lagons d’atolls est dominé par les copépodes. Dans certains lagons, des proliférations de méduses se produisent régulièrement.

  • Des "blooms" épisodiques se succèdent toute l'année avec un maximum de biomasse en octobre.

  • Le zooplancton >35 µm consomme de 31 % à 65 % de la production phytoplanctonique et sa production représente 15 à 19 % de la production phytoplanctonique.

 

 

Cette page est tirée de :

Charpy L., Langy S., Le Borgne R., Lo L., Rochette J.-P. (1994) Etude de la perte de Matière Organique Particulaire pour la nacre par les compétiteurs planctoniques. Rapport définitif de la Fiche 14 du PGRN (EVAAM)

Le Borgne R.P., Blanchot J., Charpy L. (1989). Zooplankton of the atoll of Tikehau (Tuamotu Archipelago) and its relationship to particulate matter. Marine Biology 102 : 341-353.

mise à jour : 10/07/2008

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