Les
cyclones : impacts sur les récifs et
communautés récifales
Marie
José Langlade , IRD
d'après
article cité en référence
Impact
sur la morphologie des récifs et la sédimentation
Les
phénomènes d'érosion se manifestent par le nivellement de la topographie du récif,
le retrait des rivages, la mise à nu de roches anciennes,
l'érosion des plages. On assiste parfois à la disparition du
cordon littoral voire même d'îles basses. Toutefois, sauf en de rares cas comme sur les
pentes externes des atolls
des Tuamotu, les modifications de la morphologie du
récif demeurent superficielles.
Un
des effets remarquables des cyclones est la projection,
sur les plateaux coralliens,
d'énormes blocs provenant de la plage ou de la pente externe.
La datation au carbone de blocs
massifs constituant la matrice corallienne permet de
reconstituer une bonne partie des événements cycloniques de
l'Holocène. Ces
blocs peuvent s'amonceler en profondeur en un talus
détritique ou bien s'entasser pour former de véritables
remparts. En tous les cas, ils participent à la formation
des atolls.
F
Talus détritique au pied des pentes externes: c'est
généralement à faible profondeur, sur les plateaux coralliens
et les sommets de pente que les dépôts ont les
effets les plus catastrophiques. Cependant, dû à la
déclivité des pentes, un important talus
détritique a pu se former en profondeur aux
Tuamotu.
F
Rempart pouvant fermer un lagon: les
blocs de plusieurs m3 déplacés peuvent, par
amoncellement,
former un rempart. Lorsque celui-ci se produit sur l'anneau récifal des atolls,
il peut engendrer la fermeture du
lagon et donc la détérioration de la qualité de l'eau. L'atoll de
Taiaro
en est un exemple.
Sur
l'atoll de Funafuti lors du passage du cyclone Bebe, 1 400
000m3 de blocs ont été déplacés sur le plateau
corallien vers le rivage, formant sur l'île, à partir de roches
erratiques, un rempart de 3-4
m de haut, 37 m de large et 19 km de long.
F
Formation d'un atoll: plusieurs
crêtes coralliennes parallèles aux couronnes récifales externes sont
observées sur différents atolls de Polynésie
française, témoignant de l'action des cyclones
successifs. Par
ces accumulations de débris coralliens, les cyclones jouent
un grand rôle dans la formation des atolls. Témoin la
croissance épidosique de Funafuti durant les 2 000 dernières
années.
Les
sédiments véhiculés lors des cyclones ont une structure et
une texture bien différente de celle en conditions normales.
La proportion de débris grossiers est supérieure,
particulièrement au sommet de la barrière récifale. A
l'inverse, les sédiments les plus fins sont déplacés en
profondeur, à l'intérieur des lagons. Des matériaux de
toutes sortes sont transportés, du récif à la côte, sous
forme de larges blocs ou boue carbonatée et de la côte au
récif, sous forme de boues terrigènes.
Cette
redistribution spectaculaire des sédiments lors d'un cyclone
laisse néanmoins peu d'effets à long terme. Il suffit qu'un quelconque processus physique ou biologique
advienne pour que plus aucune
perturbation ne soit observable.
Impact
sur les sels nutritifs et la production primaire
planctonique
Les
cyclones, en provoquant la mise en suspension des sédiments et
les crues des rivières, génèrent un apport en sels nutritifs
dissous.
Des pullulations de phytoplancton, dominées par les diatomées, se développent
alors sur la trace du
cyclone dans les 3 jours qui suivent. On
observe des concentrations de chlorophylle de 5 à 10 fois
supérieures à la normale et une augmentation de la production
primaire de 80 à 120%. Ce phénomène est cependant de courte
durée et s'estompe au bout de 2 à 3 semaines.
Impact
sur le corail et les communautés coralliennes
-
La
forme des coraux : le
degré de résistance des colonies coralliennes à la force
des vagues dépend de leur forme (les coraux branchus
type Acropora sont plus exposés que les coraux
massifs) et de la solidité de leur squelette interne,
lequel peut être altéré sous l'effet de la bioérosion.
-
La
taille des colonies et leur caractéristiques
: ce sont les
petites colonies (en voie de reconstitution après une
attaque par ex.) ou bien les très grandes colonies, qui sont le
moins soumises aux forces d'entraînement des vagues, les
unes parce que la prise est trop faible, les autres parce
que leur poids excède la force d'entraînement.
-
La
profondeur : généralement, les profondeurs
sont moins atteintes que la surface. La destruction
mécanique directe due aux vagues est moindre en profondeur,
elle peut atteindre 20m en cas de fort cyclone. Cependant
les espèces poussant sur les plateaux récifaux externes
peu profonds, habitués à de fortes conditions
hydroclimatiques, s'avèrent plus résistantes que celles
poussant à 15-25m. Un autre type de destruction mécanique
affecte les zones profondes, celle due aux avalanches de
blocs sur les pentes à forte déclivité.
-
Le
positionnement et la disposition des récifs : la destruction dépend
avant tout de la proximité du récif au sillage du cyclone.
Mais les dommages causés sont liés à l'effet de la
topographie sur la réfraction des vagues, au parcours du cyclone par rapport aux vents
dominants. Plus les vagues frappent directement, plus les
récifs sont atteints.
-
Mortalité
immédiate et en différé : les coraux non
détruits sous l'action directe des forces agissantes lors
d'un cyclone, peuvent mourir par la suite, dû au stress, à
l'érosion induite par les blocs de corail arrachés, à la
pression des prédateurs corallivores sur une plus petite
surface de corail vivant. A moyen terme une immersion
prolongée, la chute de salinité, trop de turbidité
peuvent engendrer la mortalité des coraux. Ce fut le cas
des Pocillopora poussant près des passes, aux
Tuamotu.
-
Devenir
des fragments et colonies survivantes: le taux de
croissance des colonies massives survivantes restées en
place n'est pas significativement affecté. Parmi les coraux branchus,
cassés par les cyclones, on peut observer une
régénérescence des Acropora, dont la reproduction
asexuée est favorisée par la fragmentation (elles poussent
vers la lumière, s'assemblent, consolident un récif), mais
aussi la naissance de noyaux pour l'établissement de
nouvelles communautés récifales grâce aux Porites,
aptes à la colonisation de nouveaux habitats.
-
Communautés
coralliennes cryptiques : de nombreux coraux
scléractiniens hermatypiques vivent dans des habitats
cryptiques (80% appartiennent aux communautés de surface).
Les cyclones peuvent détruire jusqu'à la moitié des abris des communautés cryptiques,
mais ils
n'affectent pas la composition des communautés survivantes.
Celles-ci constituent un véritable réservoir de recrutement
pour la
reconstitution des communautés récifales de surface.
Impact
sur les poissons de récif
-
mortalité
directe : elle est peu fréquente mais c'est une
mortalité de masse, non sélective. Plus qu'à l'action directe des
vagues, elle
est due aux conditions d'anoxie engendrées par l'apport
massif d'eaux douces boueuses et à l'écorchure
des branchies par la grande quantité de sédiments en
suspension.
-
cycle
de vie et redistribution : certaines études
relatent une influence directe quoique légère,
des cyclones sur les
communautés adultes de poissons récifaux. D'autres
rapportent une baisse en
abondance et diversité dans les zones peu profondes, qui
s'expliquerait par une redistribution des individus dans des
habitats moins endommagés, particulièrement en profondeur.
Les cyclones affectent principalement la survie des
juvéniles et la reproduction, par destruction des oeufs.
-
changement
dans la structure trophique et le comportement
: la destruction des habitats récifaux est la cause la plus
directe de changement pour la plupart des espèces
démersales. Elle peut s'accompagner d'une augmentation
temporaire des prédateurs, du déclin de petit planctonivores démunis de leurs abris dans le corail et à
plus long terme, d'une augmentation du nombre de poissons
herbivores. Les poissons de récif, plus touchés que les
espèces pélagiques, ont tendance à s'installer dans les eaux plus
profondes et moins perturbées. Il arrive qu'après
les cyclones tropicaux, certains poissons de récif modifient
momentanément leur comportement: c'est le cas des poissons
demoiselle qui ne cherchent plus à défendre leur
territoire ou encore des herbivores et planctonivores qui
broutent
en bancs réduits.
| Il n'est à noter l'apparition d'aucune
nouvelle forme de ciguatoxicité chez les
poissons de récif. |
Impact
sur d'autres communautés récifales
-
les
algues : sous l'action des vagues et des courants,
les algues poussant sur le corail sont cassées, et celles
poussant sur le sable (Caulerpa, Halimeda),
déracinées et enfouies sous les sédiments.
-
les
palouses marines : les cyclones n'affectent pas
profondément les pelouses type Thalassia, lesquelles
ont la capacité de se reconstituer rapidement. Ils peuvent
même avoir des effets positifs en les nettoyant de leurs
épiphytes et feuilles mortes. Les Seryngodium, plus
profonds, subissent des effets plus destructeurs.
-
les
éponges : mortalité partielle ou complète, les
espèces érigées sont plus soumises à destruction que les
espèces incrustées, par abrasion, enfouissement et
déchirement. Mais si la base n'est pas détruite, elles
peuvent se reconstituer rapidement.
-
les
gorgones : elles perdent leurs polypes par abrasion, fracture
des branches et enfouissement. La mortalité est variable de
0 à 100%, selon les espèces.
-
les
mollusques : l'aptitude des gastéropodes à
résister aux fortes vagues est aussi bien liée à leur type d'abri
qu'à l'adhérence de leur pied. L'abri physique offert par
les crevasses et dépressions peut protéger efficacement
des cyclones. L'abri biogénique offert par un épais tapis algal
peut être insuffisant pour protéger les Conus par ex.
et cependant permettre aux Muricidae de résister,
grâce à leur pied tenace en forme de
large disque.
-
les
échinodermes : les étoiles de mer peuvent perdre
leurs bras. Les dommages sont localisés dans les
endroits peu profonds et exposés au vent.
-
la
cryptofaune : les destructions sont drastiques dans
les eaux peu profondes, où les habitats sont détruits, les
organismes mobiles ont migré et les prédateurs sont plus
nombreux.
-
l'endofaune
: l'endofaune des fonds meubles souffre peu des
cyclones, l'activité de bioturbation rend invisibles les
effets de la tempête au bout de quelques semaines. Les
espèces au développement rapide, les juvéniles munis de
cils natatoires, les espèces se nourrissant de débris,
dominent, moins d'un an plus tard.
| Cette étude montre pleinement
l'interaction entre la perturbation physique et les
facteurs biologiques sur la diversité des espèces. |
Références Harmelin-Vivien
ML 1994. The effects of Storms and Cyclones on Coral Reefs : A
Review. Journal of Coastal Research Special Issue No 12: Coastal
Hazards, 211-231 
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