Les algues
en Polynésie Française
par
Claude Payri, UFP
Champ
d'ulves
Généralités
Les
algues regroupent un ensemble de végétaux photosynthétiques
très divers et dont l'appareil végétatif relativement simple
est appelé "thalle".
Elles
se répartissent en plusieurs lignées (divisions) qui ont évolué
indépendamment les unes des autres. De manière simplifiée, on
en reconnaît quatre, dites respectivement: "lignée
rouge" (algues rouges ou Rhodophytes), "lignée
brune" (dont les algues brunes ou Chromophytes-Fucophycées),
"lignée verte" (regroupant à la fois les
"algues vertes" ou Chlorophytes - Mousses
(Bryophytes), Fougères (Ptéridophytes), Gymnospermes (Pinophytes)
- et les plantes à fleurs (Magnoliophytes)), enfin les
"algues bleues" (Cyanobactéries).
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Algues rouges ou
Rhodophytes

Galaxaura fasciculata
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Algues brunes ou
Chromophytes-Fucophycées

Lobophora variegata
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Algues vertes
ou
Chlorophytes

Caulerpa bikinensis
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Algues bleues
ou
Cyanobactéries

Phormidium sp.
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Les
algues ont un mode de vie autotrophe, c'est-à-dire qu'elles sont capables de construire
elles-mêmes des molécules organiques, à partir, notamment, de
composés minéraux carbonés et azotés. Leur
énergie provient de la lumière qu'elles captent par la chlorophylle.
En outre, certaines algues comme les ulves, sont tout
à fait capables d'incorporer, à l'occasion, directement des
substances organiques, ou
d'autres encore comme les algues unicellulaires Euglènes ou
Dinoflagellés, de capturer, phagocyter et de digérer des
proies. Ce sont des organismes fondamentalement aquatiques même
si certains (comme l’algue verte Rhizoclonium) colonisent des
milieux temporairement exondés. |
Les
grands groupes d'algues marine
Chlorophytes ou Algues vertes
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Les
Chlorophytes sont des algues dont le thalle est de
couleur typiquement verte en raison des chlorophylles a
et b dominant dans les chloroplastes. Toutefois,
l'exposition prolongée aux fortes intensités
lumineuses provoque la synthèse de pigments
photoprotectants (caroténoides), qui confèrent aux
thalles des couleurs orangées à jaunâtres. Ce groupe
d'algues peu diversifié dans les eaux tempérées est
au contraire riche en espèces et en formes dans les
eaux tropicales. Les algues vertes sont présentes dans
tous les systèmes aquatiques depuis les milieux marins
jusqu'aux eaux douces.
Les
Chlorophytes de Polynésie française les plus diversifiées
sont les Caulerpa et les Halimeda.
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Caulerpa
urvilliana
Les
longs stolons rampants (jusqu'à 1 mètre de long)
contribuent localement au maintien des sédiments dans
les fonds de lagons d'atoll. |
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Caulerpa
bikinensis
Véritables
prairies sur les substrats durs, comme dans l'atoll de
Takapoto sur la pente externe au-delà des 30 mètres. |

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Caulerpa racemosa
Ces algues, qui ressemblent à des grappes de
raisin, sont appelées "rimu" dans
les îles Australes, où elles sont encore consommées
crues en salade.
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Les
Halimeda (ci-contre Halimeda taenicola)
aux
thalles calcifiés et articulés contribuent à la
formation des sédiments. Leur abondance varie d'une
île à l'autre. Certaines plages des îles Gambier
sont constituées quasi exclusivement de segments
érodés et blanchis d'Halimeda.
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On
retrouve les très cosmopolites Ulva et Enteromorpha qui
abondent dans les eaux calmes à salinité variable et
occasionnellement surchargées en sels nutritifs.
Toutefois, les proliférations d'Ulvales restent
modestes sur les récifs, comparées aux " marées
vertes " qu'elles provoquent dans diverses régions
du globe. En Polynésie française et aux îles Cook,
l'algue Boodlea kaeneana peut, sur certains récifs et
dans les lagons, proliférer de manière spectaculaire
durant l'été austral. Une surcharge en éléments
nutritifs liée à l'urbanisation importante de ces
sites, doublée d'un fort ensoleillement, est l'hypothèse
la plus vraisemblable pour expliquer ces proliférations.
La
photo "Champ d'ulves" en tête de page
illustre le développement localisé d'espèces dans des
milieux surchargés en sels nutritifs. |
Chromophytes
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Au
sein des Chromophytes, les algues brunes sont regroupées dans
la classe des Fucophycées appelées autrefois les Phéophycées.
Ce sont des algues presqu’exclusivement marines. Leur couleur
est due à l'abondance des pigments bruns, la fucoxanthine, qui
masque les chlorophylles a et c.
Les
Fucophycées montrent une grande diversité morphologique depuis
les formes filamenteuses relativement simples aux grandes algues
brunes (Turbinaria, Sargassum) dont l'organisation morphologique
complexe évoque les tiges feuillées des végétaux supérieurs.
Les
algues brunes se sont principalement diversifiées dans les mers
froides et tempérées
où elles forment les grandes forêts sous-marines (" kelp
forest " des anglo-saxons). Dans les eaux tropicales, elles
sont moins nombreuses en espèces, mais représentent les plus
grands thalles et forment les populations les plus denses.
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Turbinaria ornata
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En Polynésie
française, sur les récifs des îles hautes, deux
genres, Turbinaria et Sargassum,
forment des populations pérennes qui marquent
le paysage végétal dans la partie supérieure du
complexe récifal. |
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En outre, elles
constituent l'essentiel des épaves arrachées par la
houle qui balaye les récifs et il est fréquent de
voir des radeaux qui dérivent à la surface de l'océan.
A l'instar des Fucus et des Laminaires des eaux tempérées,
les Turbinaria et les Sargasses pourraient être
utilisées comme engrais organique. |
Sargassum
mangarevense
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Les grandes algues brunes, étaient absentes des
Tuamotu jusque dans les années 80. Depuis une dizaine d’années,
Turbinaria ornata fait son apparition dans plusieurs
lagons d’atoll. Leur origine reste à préciser, mais la venue
de cette espèce nouvelle pour la région des Tuamotu a été
sans doute facilitée par la dérive des radeaux de thalles
flottant à la surface des océan. Une étude récente a renforcé
cette hypothèse en montrant que les fragments de thalles
conservent leur fertilité et purent disperser de ce fait les
plantules sur une longue distance (Stiger et Payri, 1999). |
Rhodophytes
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Les
Rhodophytes sont les algues rouges,
de loin les plus nombreuses dans les régions
tropicales.
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Elles
représentent un groupe très diversifié au plan
morphologique : à l'exception de quelques rares espèces
unicellulaires, les formes varient depuis les
filaments simples et délicats (Ceramium) jusqu'aux
lames foliacées épaisses de plusieurs dizaines de cm
de long (Titanophora) voire, à l'extrême, les formes
pierreuses des Corallinacées. |
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Ceramium vagans
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Titanophora weberae
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Hydrolithon
onkodes
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Elles
montrent une originalité particulière avec leurs pigments
surnuméraires rouges (phycoérythrines) et bleus (phycocyanines)
qui viennent masquer la chlorophylle. Les proportions relatives
entre les différents pigments, conjuguées avec la forme du
thalle, donnent à la lumière du jour toutes les couleurs
imaginables depuis le brun noirâtre jusqu'au rose très clair
en passant par les rouges pourpres et les orangés. De plus,
pour une même espèce, la couleur varie en fonction de
l'exposition aux rayons lumineux : souvent les individus qui se
développent aux forts éclairements montrent des couleurs délavées,
où dominent les jaunes orangés en raison de la forte
concentration en pigments caroténoides photoprotectants. |
Cyanobactéries
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Les
algues bleues ou Cyanobactéries diffèrent fondamentalement
des autres groupes d'algues, puisqu'elles appartiennent au
monde des bactéries. Elles représentent les formes de vie
les plus anciennes. Il
y a 1,5 milliards d'années, elles ont édifié des formations
rocheuses, soit par précipitation du calcaire soit par piégeage
des sédiments, que
l'on appelle stromatolithes. Malgré leur origine très
ancienne on ne doit pas les considérer comme un groupe
relique, au contraire, car même discrètes elles occupent
tous les types de milieux, voire même les biotopes
inaccessibles aux autres organismes.
Il
s'agit généralement de formes filamenteuses microscopiques
qui perforent les substrats carbonatés ou qui s'agglutinent
entre elles pour constituer des colonies de taille, de forme
et de couleur très variables. Comme les algues rouges, elles
possèdent des pigments surnuméraires bleus (phycocyanines)
et rouges (phycoérythrines) qui masquent la chlorophylle a.
En dépit de leur nom (ancien) d'algues bleues, elles
sont rarement bleues mais plus souvent rouges, vertes avec des
reflets bleutés, violettes, brunes, jaunes ou orangées. La
plupart d'entre elles ont une consistance gélatineuse voire
gluante en raison des mucilages qu'elles sécrètent, mais ce
n'est pas la règle générale. D’autres peuvent piéger ou précipiter le
carbonate de calcium et constituer des dômes plus ou moins
volumineux que l’on appelle microbialithes. Outre leur capacité à
photosynthétiser, les Cyanobactéries jouent un rôle
important dans la biosphère en transformant l'azote atmosphérique
en azote minéral directement assimilable par les autres
organismes. Cette capacité revêt une importance fondamentale
dans les récifs coralliens où les éléments nutritifs sont
peu abondants. Par ailleurs, les Cyanobactéries constituent
pour l'homme des micro-organismes de choix dans diverses
branches de la biotechnologie en raison des nombreuses
familles de molécules qu'elles produisent et qui présentent
un intérêt en valorisation.
En
dépit d'une simplicité apparente dans l'organisation des
formes, l'identification taxinomique des Cyanobactéries
demeure actuellement difficile et délicate.
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Tableau récapitulatif des
communautés algales de Polynésie Française (espèces citées)
Références
Payri,
C., N'Yeurt A.R. & Orempüller, J. - 2001 - Algae of french
Polynesia -Algues de Polynésie Française. Edition Au Vent des
îles - tahiti, 320pp.
Payri,
C.E. & N'Yeurt, A.D.R. 1997. A revised Checklist of
Polynesian benthic Marine Algae, Australian Systematic Botany,
10: 867-910.
Stiger,
V. & Payri, C.E. – 1999 – Spatial and temporal patterns
of settlement of the brown macroalgae Turbinaria ornata
and Sargassum mangarevense in a coral reef on Tahiti. MEPS,
191: 91-100.
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