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Les récifs

La vie dans les récifs

La destruction des récifs

Les acanthasters

par Chantal Conand, ECOMAR (univ. Réunion) et Loïc Charpy, IRD

Généralités

Acanthaster planci est une étoile de mer épineuse (appelée "crown of thorns" en anglais ou "coussin de belle mère" en Nouvelle-Calédonie).

C’est l’un des animaux les plus renommés des systèmes récifaux. Cette renommée ne s’est pas fondée sur sa beauté ou son intérêt commercial mais sur les agrégations qu’elle peut former et qui résultent en la mort du corail car elle se nourrit des polypes donc des coraux.

Ces 20 dernières années elle a suscité de nombreux débats concernant sa biologie et son écologie jusqu’à des controverses sur ses effets sur l’industrie du tourisme.

Deux questions ont été au centre des débats :

  • qu’est-ce qui cause ces pullulations?

  • sont-elles influencées par l’homme?

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Biologie de l’espèce

Morphologie

  • Diamètre : 18 à 50 cm en Nouvelle Calédonie

  • 11 à 12 bras en général, parfois 16 ou 17

  • 53 % des individus avec des bras en régénération

  • poids: 200 g à 3 Kg.

Reproduction

  • Les sexes sont séparés: l’émission des produits génitaux se fait dans l’eau de mer, la fertilisation est meilleure s'il y a agrégation des individus. Une position particulière des mâles et des femelles est observée lors de cette fertilisation.

  • Analyse des périodes de reproduction: les données proviennent de différents pays à des latitudes différentes soit par étude du RGS (rapport gonado-somatique) mensuel moyen, soit par le volume des gonades, soit selon le stade de maturité sexuelle.

Cycle vital

stade 1: un mois. Embryon puis larve planctonique se nourrissant de phytoplancton; stade important pour l’étude du recrutement et de la dynamique explosive des populations.

stade 2: 2 jours. Métamorphose en juvénile à 5 bras; taille de 0,5 mm.

stade 3: environ 6 mois. Juvénile se nourrissant sur algues; croissance lente; taille de 1 à 10 mm.

stade 4: 6 mois à 2 ans. Juvénile se nourrissant sur coraux; croissance rapide; taille de 10 à 200 mm.

stade 5: >2 ans. Adulte à maturité sexuelle; ralentissement de croissance car énergie utilisée pour produits sexuels; taille  >200 mm.

Des questions persistent concernant la croissance:

  • Le taux de croissance varie-t-il en fonction de l'alimentation ou de l'âge?

  • Est-il possible de connaître l’âge à partir de la taille?

Nutrition et Mouvements

l’adulte est corallivore (carnivore), mais le régime n’est pas strict (algues, gorgones, alcyonaires peuvent être consommés); 

la très grande surface de l’estomac quand il est dévaginé pour la nutrition (proportion bien supérieure à celle des autres étoiles) donne une possibilité de croissance rapide; 

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la forme, plus souple et relativement plus légère que les autres espèces d'étoiles coralliennes lui donne une mobilité et une efficacité plus grandes; Les adultes peuvent se déplacer à une vitesse de 10m/h.

 

Ecologie de l'espèce

On la trouve dans tout l’Indopacifique, mais son abondance est difficile à évaluer car elle varie dans le temps et dans l’espace.

Les acanthasters contiennent des saponimes (toxines)  qui défavorisent la prédation. Cependant 12 espèces (poissons et coraux) s'en nourrissent volontiers lorsqu'elles sont à l’état d’œuf et de larves.

Charonia tritonis (gastropode) et Hymenocera picta (crevette) sont des prédateurs surtout de juvéniles.

 

Les pullulations

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Définitions

Le concept de " pullulation " ou " explosion de population " est apparu à la suite des observations effectuées sur la Grande Barrière en Australie. Une forte infestation s’était produite auparavant dans les îles Ryukyu (Japon); en 1957, 220 000 étoiles avaient été ramassées. Durant les vingt dernières années, de nombreuses autres pullulations ont été observées: elles se sont produites sur la Grande Barrière de 1962 à 1974, en Micronésie à Ponape, Truk, Palau et Guam, à Okinawa, à Tahiti, à Fidji , à Hawaï, aux Samoa occidentales, en Nouvelle-Calédonie (plus de 1000 exemplaires ramassés à l'îlot Tabou).

Cependant les concepts de population " normale " et " pullulation" restent tout à fait subjectifs. Les auteurs ont essayé de quantifier leurs observations soit par effectif par unité de temps d’observation soit par surface ou longueur de récif.

L’expérience des comptages par unité de surface de récif en Nouvelle-Calédonie montre un continuum des valeurs entre 1/ha et plus de 300/ha.

Retenons la définition du scientifique Potts :

la pullulation, "c'est l'agrégation de plusieurs centaines ou milliers d’individus qui persistent à forte densité pendant des mois voire des années et qui causent de fortes mortalités chez les coraux ceci sur des grandes étendues ".

 Infestation primaire et secondaire

Il faut distinguer les infestations primaires dont les individus apparaissent de manière soudaine, des infestations secondaires qui proviennent de la dispersion des larves ou des adultes d’une infestation primaire. Des infestations secondaires, dont certaines sont assez récentes, se sont produites sur la Grande Barrière. 

"Dégâts" causés à l’écosystème

Sur les coraux

De même qu’il est difficile de définir une pullulation, il est difficile d’évaluer les dégâts:

  • Ils peuvent être très importants comme la destruction de 90 % du corail sur les 38 km de côte de Guam et de 80 % des coraux de Green Island (Australie) jusqu’à 40 m de profondeur. Hawaï par contre a connu une faible mortalité.

  • Ils varient suivant la zone : les zones de faible profondeur avec des turbulences sont moins touchées.

  • Ils varient avec les espèces coralliennes : les coraux massifs Porites, Pocillopora sont moins attaqués; dans les zones dénudées il peut rester des toutes petites zones rescapées de quelques centimètres qui permettront la recolonisation ultérieure. 

Une Acanthaster peut détruire 5 à 6 m2 de corail par an. Une agrégation peut détruire plusieurs km2 par an

Sur les autres espèces

  • En conséquence de la diminution des coraux, d’autres espèces de l’écosystème peuvent être victimes de ces infestations. Par exemple au Japon, le nombre d'espèces présentes passe de 62 sur le corail vivant à 43 sur le corail mort et 22 sur des débris de coraux.

  • La catégorie trophique des herbivores augmente alors que les corallivores tendent à disparaître.

Causes et théories des pullulations

Origine

Le problème de l’origine de ces infestations a donné naissance à plusieurs théories qui se sont fréquemment opposées: 

  • perturbations anthropiques du milieu

  • fluctuations naturelles des populations

La récolte des tritons, Charonia tritonis, gastéropodes prédateurs des juvéniles et des adultes peut favoriser la prolifération des Acanthasters. De même la pollution marine, entraînant la destruction ou l’affaiblissement des coraux. 

Ceux qui considèrent les pullulations comme un événement naturel se basent sur des constatations différentes tendant à prouver leur existence par le passé.On a retrouvé dans l’histoire et le folklore de certains îles du Pacifique des souvenirs des pullulations anciennes. Des restes de squelette d’Acanthaster ont été mis en évidence dans des sédiments actuels et fossiles de la Grande Barrière.

Théorie des pullulations

Deux hypothèses principales ont été formulées: l’une se base sur une agrégation des adultes de populations à densité normale après le passage de cyclones ayant détruit les coraux; l’autre hypothèse est une augmentation du taux de survie des larves favorisant une forte augmentation du recrutement.

Pour la première, l’augmentation des populations est subite et se produit trois ans après une saison de reproduction associée à de fortes pluies et généralement en plusieurs stations d’une même zone.

Pour la seconde, les précipitations sur les îles hautes entraînent un enrichissement du lagon en sels nutritifs, lequel permet un développement phytoplanctonique particulièrement favorable à la survie des larves.

Ces théories sont à considérer non pas en opposition, mais complémentaires: les infestations primaires peuvent avoir eu des causes différentes et les facteurs invoqués dans les différentes hypothèses ont pu jouer un rôle plus ou moins important suivant les régions.

mise à jour : 10/07/2008

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