Ecophysiologie,
croissance et reproduction de l'huître perlière,
Pinctada margaritifera, élevée en Polynésie Française
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L’huître perlière, Pinctada
margaritifera (Linné, 1758) var. cumingi (Reeve),
productrice de perles noires, fait l’objet d’une aquaculture
florissante en Polynésie Française. Cette jeune filière avec
un chiffre d’affaire proche du milliard de francs se place, en
1998, au deuxième rang des productions aquacoles françaises.
Face à divers problèmes
rencontrés par la profession (épisodes de mortalités) et en
l’absence de connaissances scientifiques sur l’huître perlière
et son milieu de vie, un vaste programme de recherche (le PGRN)
a été développé, en choisissant comme site atelier l’atoll
de Takapoto, haut-lieu de la perliculture en Polynésie Française.
Une thèse faisant partie
intégrante de ce programme présente près de 4 ans de
recherche finalisée sur le milieu de vie, l'écologie, la
physiologie, la croissance et la reproduction de ce bivalve
cultivé.
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Présentation
de la thèse : elle a consisté à mettre au point un modèle déterministe
expliquant la croissance et la reproduction de P.
margaritifera au sein de son écosystème (les
lagons d'atoll). La construction de ce modèle a impliqué
: (1) l'analyse de l'hydrobiologie lagonaire
(physico-chimie, réseau trophique, nourriture
potentielle) ; (2) l'étude en laboratoire et in situ
de la physiologie du bivalve (nutrition, filtration,
digestion, respiration, excrétion…) ; (3) le
suivi annuel in situ de la croissance et de la
reproduction. L'ensemble de ces résultats a ensuite été
intégré dans un modèle biologique construit sous
environnement informatique, qui simule sur ordinateur la
croissance et la reproduction d'huîtres perlières en
élevage en fonction des variations du milieu. La
concordance entre les prédictions du modèle et les
observations de terrain est assez satisfaisante, ce qui
a permis de valider l’intégralité du modèle. |
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Sur le plan scientifique, ce modèle
regroupe et valide l’ensemble des acquis scientifiques
sur la nutrition, la croissance et la reproduction de
l'huître perlière. Il permet de comprendre les modalités
d'adaptation de cette espèce à son milieu. Par
ailleurs, en routine, le modèle peut calculer les
besoins trophiques des élevages. |
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Sur le plan de la perliculture, ce
modèle fournit des éléments aux professionnels sur le
temps de formation de la perle, le collectage,
l'optimisation des densités en élevage, et la capacité
trophique globale d’un lagon. Il ressort qu'à l'heure
actuelle le lagon n'est pas en surexploitation, néanmoins
des problèmes de sur-densité
localisée peuvent être observés.
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Le milieu de vie lagonaire
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Plusieurs
campagnes de mesures ont été menées afin d'étudier
la physico-chimie de l'eau du lagon (température,
salinité, oxygène) et la matière particulaire en
suspension (matière minérale, matière organique,
composition taxonomique), source de nourriture pour l'huître
perlière. Les mesures ont été réalisées en 10
sites. Certains sites ont fait l'objet d'un suivi annuel
très fin. |

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D'une façon générale, le
lagon de Takapoto est apparu homogène : la température
moyenne de l'eau est de 29°C, la salinité de 39‰, et
l'oxygène est toujours à saturation. Les variations
saisonnières y sont très faibles. En outre, ce milieu
isotrope est caractérisé par des eaux claires à très
faible teneur en matière organique particulaire
(MOP, 0.4 mg.l-1). La nourriture potentielle pour les huîtres perlières est donc peu
abondante, mais toujours disponible |
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Valeurs
moyennes et variations de la MOP au sein du lagon

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Enfin, la composition taxonomique de
la MOP a été étudiée à partir d'une synthèse
exhaustive des travaux réalisés dans ce domaine. Il en
ressort que la MOP est principalement composée de
particules inférieures à 2 µm (le picoplancton). Ce picoplancton,
généralement mal retenu par les bivalves, est constitué
de matière détritique, de cyanobactéries, de bactéries
et de pico-eucaryotes. La fraction supérieure à 2 µm
(le nano et le microplancton), généralement bien
retenue par les bivalves, ne représente que 1/3 de la
MOP totale et est constituée de détritus, de
phytoplancton, de protozoaires et à un degré moindre
de zooplancton. Ainsi, la nourriture potentielle
constituée par la MOP est non seulement peu abondante
mais est aussi principalement constituée de
picoplancton, a priori peu accessible aux bivalves.
Pourtant dans ce milieu oligotrophe, l'huître perlière
prospère. La résolution de ce paradoxe a été apportée
par des études d'écophysiologie.
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L'écophysiologie de l'huître perlière
Afin de comprendre et d'expliquer la
croissance et la reproduction de l'huître perlière dans son
milieu, toutes les fonctions physiologiques-clés ont fait
l'objet d'expérimentations ciblées en laboratoire et/ou in
situ. Une partie de ces fonctions régit l'acquisition de la
nourriture, c'est à dire le gain d'énergie pour
l'organisme : il s'agit de la Filtration
(CR) et de la Rétention
(RE) de la matière organique en suspension (MOP). Une autre
partie concerne les pertes d'énergie lors de la
nutrition ou du métabolisme : il s'agit de la Biodéposition
(PF+F), de l'Excrétion
(U) et de la Respiration
(R). Le travail d'écophysiologie a donc consisté à étudier
chacune de ces fonctions physiologiques. Leur réponse vis à
vis des variations du milieu a ensuite été mise en équation,
étape indispensable à la construction du modèle de croissance
et de reproduction.
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L'étude de la Filtration
(CR, l h-1) a permis de mettre en évidence une adaptation exemplaire
de l'huître perlière à la pauvreté ambiante du
milieu : les capacités de filtration de Pinctada
margaritifera sont décuplées par rapport aux
autres bivalves couramment étudiés dans la littérature,
avec une filtration moyenne de 1500 l j-1 pour une huître de 2 ans.
L'organe de filtration (les branchies) est en effet
particulièrement bien développé chez ce bivalve.
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Par contre, les autres fonctions
physiologiques sont banales. L'étude de la Rétention
a montré que comme la plupart des bivalves, l'huître
perlière n'est pas adaptée pour retenir efficacement
le picoplancton (<2 µm) pourtant majoritaire dans la
matière en suspension. Cette inefficacité s'explique
en partie par l'absence de cirres latéro-frontaux sur
ses filaments branchiaux. Chez les bivalves, ces cirres
servent à la capture des particules < 2 µm. |
L'étude de la Biodéposition
a permis de montrer que (1) l'huître perlière produit
effectivement des pseudofèces même pour les très faibles
turbidités rencontrées dans ces milieux lagonaires, (2)
l'absorption intestinale présente des valeurs courantes pour un
bivalve, autour de 55 %.
La matière ainsi acquise sert alors
au catabolisme (Respiration).
La Respiration est, elle aussi, normale pour un bivalve en
milieu tropical : une huître perlière de 2 ans consomme 4 mg
d'O2
h-1.
La croissance et la reproduction
Lorsque les gains d'énergie sont
supérieurs aux pertes, il y a Croissance
(Ps+Pg), mise en réserve et Reproduction
(Pr), sinon il y a amaigrissement. Ces processus d'équilibre
et d'échange bioénergétiques sont simulés par le modèle. Néanmoins,
afin de vérifier la fiabilité du modèle, il convient de
disposer de données de terrain, dites données de validation.
Un suivi très fin de la croissance et de la reproduction a donc
été effectué sur 3 cohortes d'huîtres perlières, placées
en élevage dans le lagon de Takapoto. Ces cohortes étaient
respectivement âgées de 1, 2 et 3 ans en début de suivi, et
ont été élevées selon les pratiques courantes de la
perliculture. Tous les 15 jours et pendant 1 an, un lot était
sacrifié pour des analyses biométriques, biochimiques et
microscopiques.
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Dans ces milieux très stables, la Croissance
en chair (Pg) et en coquille (Ps) sont apparues très régulières,
sans variation saisonnière majeure.
Les petites variations mensuelles
observées sur la chair proviennent principalement de
variations pondérales de la gonade. Ces variations sont
d'autant plus importantes que l'huître perlière est âgée.
Elles traduisent principalement les phénomènes de
reproduction.
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La Reproduction de l'huître perlière est de type continu : P.
margaritifera profite de son milieu de vie extrêmement
stable pour se reproduire pratiquement tout au long de
l'année. Ce type de reproduction est assez fréquent
chez les bivalves tropicaux.
Grâce aux températures élevées,
le cycle de la gamétogenèse est rapide (de l'ordre du
mois) ce qui permet environ 5 phénomènes de
reproduction par an chez les huîtres adultes. Par
contre, à chaque évènement, les émissions de gamètes
ne représentent que 10 % de la masse corporelle.
Cette
stratégie est différente de celles des bivalves de
milieux tempérés, où la reproduction a généralement
lieu une fois dans l'année, mais les émissions de gamètes
sont alors beaucoup plus importantes, de l'ordre de 50 %
de la masse corporelle. Néanmoins, sur un plan annuel,
l'effort investi dans la reproduction est identique
entre ces deux stratégies.
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Le modèle écophysiologique de croissance
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Les
résultats précédents ont ensuite été intégrés
dans un modèle, qui simule et prédit la croissance et
la reproduction d'une huître perlière en élevage en
fonction des variations du milieu.
Concrètement,
ce modèle de croissance est un programme informatique
permettant l’intégration, selon des règles bien
précises, de l’ensemble des fonctions et des
paramètres estimés précédemment.
Les
entrées du modèle sont les variables-clés du milieu
de vie (matière en suspension et composition
taxonomique). Le coeur du modèle est constitué par la
physiologie de l'huître perlière. Enfin, les sorties
du modèle sont les variables représentatives de la
croissance et de la reproduction. |
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Pour chacune des classes d'âge étudiées
(1, 2 et 3 ans), les simulations du modèle sont
très proches des observations de terrain, surtout pour
la croissance en coquille et le cycle reproducteur.
Ce modèle, premier du genre pour un
bivalve tropical, peut donc être qualifié de
globalement valide et fiable. Il a donc pu être utilisé
pour des applications pratiques et/ou scientifiques.
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Sur un plan scientifique, ce modèle
a permis non seulement de fédérer l'ensemble des travaux menés
sur le milieu de vie et la physiologie de l'huître perlière,
mais aussi (1) de comprendre le rôle de ce bivalve dans le réseau
trophique, (2) de mieux percevoir sa stratégie de reproduction
et (3) de quantifier à chaque pas de temps les flux générés
par l'huître perlière.
Sur un plan pratique, il a fourni
des éléments utiles à la profession (gestion des densités en
élevage, prédiction de performance de croissance, dynamique de
formation de la perle) mais aussi à l'administration en charge
de la gestion des lagons (stock maximum, allocation de
concessions).
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Simulation du dépôt de nacre
sur le nucleus de la perle |
Pour
en savoir plus
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Rapports et publications
Niquil
N, Pouvreau S, Sakka A, Legendre L, Addessi L, Le Borgne R,
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in a pearl oyster farming lagoon (Takapoto, French Polynesia).
Aquatic living resources 14: 165-175
Buestel D.,
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nourriture potentielle pour l’huître perlière Pinctada
margaritifera, dans le lagon de Takapoto (Tuamotu,
Polynésie Française). Oceanologica Acta 23, 193-210.
Pouvreau S., Bodoy A., Buestel (2000) D.
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Combined effects of body size and weather-related seston
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Pouvreau S.,
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Pouvreau S.,
Gangnery A., Tiapari J., Lagarde F., Garnier M., Bodoy
A. (2000)
Gametogenic cycle and reproductive effort of the
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Pouvreau S., Bacher C., Héral M. (2000) Ecophysiological model of growth and reproduction of
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Th. doct. Halieutique & Aquaculture, ENSA, Rennes
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Tahiti, RIDRV 98-01 : 69 pp.
Pouvreau S., Prasil V. Growth of the black-lip pearl oyster,
Pinctada margaritifera, in
9 culture sites of French Polynesia : Synthesis of
several sampling designs conducted during 1994-1999. Aquat. Living Res.,
à paraître
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Laboratoires
de recherches
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En
Polynésie :
IFREMER-COP
BP
7004
Taravao,
Tahiti
Polynésie
Française
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En
Métropole :
CREMA
(CNRS-IFREMER)
BP
5
17137
L'houmeau |
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