Effet
des cyclones de l'été austral 1982-1983 sur les pentes récifales externes des atolls des Tuamotu
Marie
José Langlade , IRD
d'après
article cité en référence
Introduction
De
décembre 1982 à avril 1983, 6 cyclones assimilables en
intensité à ceux enregistrés en début de siècle dans
la même région, ont ravagé la Polynésie Française.
Leurs effets dévastateurs ont pu être observés sur la
côte sous le vent de l'atoll de Tikehau, où des études quantitatives avaient été menées
peu avant les événements.
Des
plongées ont également été effectuées sur les pentes externes de déclivité variable
dans différentes îles dont Takapoto, Mataiva et Moorea,
étudiées juste avant la période des cyclones.
Si
les études d'impact connues ont été réalisées sur les eaux peu profondes, les plateaux coralliens et les
zones littorales, rares sont celles réalisées sur la pente externe
des récifs et dans les zones profondes. Or, nos observations
ont montré une destruction du corail plus importante en
profondeur que dans la partie supérieure de la pente
externe. Cette destruction spectaculaire a affecté 60 à
80% des formations coralliennes entre 12 et 30m, et
jusqu'à 100% au-dessous de 35m.
Les
cyclones de 1982-1983
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Lisa
(11-13 décembre 1982); Nano (20-27 janvier 1983); Orama
(22-27 février 1983); Reva (6-14 mars 1983); Veena
(7-13 avril 1983); William (15-21 avril 1983). |
Les
Services Météorologiques Pacifiques de 1983 donnent leurs
caractéristiques : pression au centre min. 950 hPa; vents
soutenus 45m/s (max. 62m/s); rayon des vents maximum 100km (max.
150km); variation du niveau de la mer 2-3m (max. 4m); hauteur des
vagues 8-10m (max. 12m). |
Les
trois cyclones Orama, Reva et Veena ont particulièrement
affecté l'atoll de Tikehau. L'oeil de Veena est passé juste
au-dessus de l'atoll, se déplaçant en direction du sud-ouest,
avec des vents à 200km/h.
Dommages
causés à Tikehau
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Carte
générale de l'atoll de Tikehau (Tuamotu) avec
localisation du site d'étude (flèche).
Les
plongées ont été effectuées à Tikehau le long du
transect A ↔
B (0-1350m), sur la pente ouest de l'atoll.
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Description
de la pente externe ouest de Tikehau.
Elle
peut être subdivisée en trois zones morphologiques
(Faure et Laboute, 1984), basées sur la profondeur, le pourcentage de couverture
corallienne, et les facteurs environnementaux:
-
la zone récifale
peu profonde (2-10m);
-
le plateau pentu
(10-25m);
-
la pente
elle-même (au-delà de 25m).
La partie occidentale de l'atoll,
sous le vent, présente un étroit plateau récifal (50m) et une
pente externe à forte déclivité.
Avant
les cyclones la zone de 0 à 4m abritait 5 à 25% de
corail vivant, celle de 4 à 10m, 40 à 60%, enfin
au-dessous de 10m, le pourcentage allait de 60 à 75%.
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Suite
aux cyclones 50 à 100% de formations coralliennes ont été
détruites, les zones les plus profondes ayant été plus sévèrement affectées.
Ceci est contraire aux observations enregistrées par Randall et
Elredge (1977) sur les récifs coralliens de Guam (typhon Pamela)
ou Woodley et al. (1981) sur ceux de la Jamaïque (cyclone Allen).
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Section
transversale de la côte ouest de Tikehau
Une
hypothèse pour expliquer la destruction du corail en
profondeur
D'abord
une destruction directe due à la force des vagues entre
la surface et 20-22 m, puis un processus d'avalanche
favorisé par la combinaison d'une pente à forte
déclivité et l'étroitesse du plateau récifal. |
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Les
causes de destruction diffèrent selon la profondeur :
-
De
la surface à 6m, la destruction estimée à 50%
résulterait de l'érosion due au frottement des
fragments délogés et à l'action décapante du
sable.
-
Vers
6m une étroite tranche érodée sur une épaisseur de
0.2 à 0.8m, correspondrait à la pression exercée
sur le plateau récifal par la cassure des hautes
vagues (jusqu'à 9-12m de hauteur).
-
Sur
le plateau externe, plus de la moitié des colonies
ont été cassées. Des blocs de corail mort se sont
accumulés localement entre 10 et 15m.
-
Entre
15 et 30m, 60 à 80% de colonies coralliennes ont
été détruites. La plupart ont été nivelées en un
lit de fragments entassés d'où émergent quelques
piliers de corail vivant de plus de 1.5m de hauteur.
-
Au-dessous
de 35m, la destruction a été totale. Les fragments
de corail mort ont dégringolé en avalanche,
arraché les coraux vivants et recouvert d'une couche de
détritus, toute vie en
profondeur.
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Analyse
des observations
-
Les
effets des cyclones sur la mortalité des coraux peuvent se
prolonger bien au-delà des effets immédiats, dû à l'action
érosive du sable et l'accumulation de fragments coralliens
sur les coraux vivants. La survie des fragments de coraux
dépend fortement de leur taille. Ceci pourrait expliquer la grande
variabilité de recouvrement des récifs.
-
Les
parties sous le vent sont plus dramatiquement frappées que
les autres. Elles abritent en effet des formations
coralliennes florissantes, mais fragiles ou branchues. La
côte ouest de Tikehau en est un exemple.
-
Dans
les cas étudiés, les zones les plus atteintes sont les zones
les plus profondes. Cela peut s'expliquer par le
déclenchement d'avalanches de blocs de corail mort sur la
pente externe.
-
Les
récifs les plus profondément affectés présentent un étroit plateau récifal et une pente à
forte déclivité, allant de 45 à 70° : ces deux conditions
favorisent les avalanches en profondeur.
-
Les cyclones
étudiés ont provoqué de spectaculaires accumulations de
corail mort, lesquelles peuvent agir comme un important agent
de formation du cône de détritus autour des atolls. Aux
Tuamotu, 4 à 8 cyclones par siècle peuvent dévaster un
atoll. Aussi, quoique sporadiques, des phénomènes d'une
telle ampleur ont une importance à l'échelle du temps
géologique.
Conclusion
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Généralement
décrits comme des phénomènes locaux, les effets des
cyclones sur les formations récifales externes ont été
sur les atolls, suite aux cyclones de 1983, dévastateurs.
En quelques heures des millions de m3 de corail
ont dégringolé jusqu'à des profondeurs de 200 à 500m,
affectant les pentes récifales externes des trois atolls
récemment étudiés Tikehau, Takapoto et Mataïva.
Des
cyclones d'une ampleur similaire ont atteint la Polynésie
au début du siècle, en 1903 et 1906. On peut imaginer
que leurs effets furent comparables à ceux étudiés dans
cette page.
Or
des colonies florissantes de corail ont été observées
dans les atolls en 1982, soit moins de 80 ans plus tard.
50 ans est la période minimale évaluée pour la
reconstitution des coraux après une destruction totale.
Il
sera intéressant de suivre les étapes de la
re-colonisation corallienne sur les pentes externes.
Retrouvera-t-on les anciennes communautés, et si oui,
dans combien de temps? Ou bien un nouvel équilibre se
fera-t-il, augmentant l'hétérogénéité des barrières
récifales? |
Référence
Harmelin-Vivien
ML, Laboute P 1986. Catastrophic impact of hurricanes on atoll
outer reef slopes in the Tuamotu (French Polynesia). Coral Reefs 5
: 55-62
Bibliographie
citée
Faure
G, Laboute P 1984. Formations récifales de l'atoll de Tikehau
(Tuamotu, Polynésie Française, Océan Pacifique) 1. Définition
des unité récifales et distribution des principaux peuplements
de Scléractiniaires. Notes Doc ORSTOM Tahiti 22: 108-136.
Randall
RH, Elredge LG 1977. Effects of typhoon Pamela on the coral reefs
of Guam. Proc. 3rd Int Coral Reef Symp. 2: 526-531.
Woodley
JD, Chornesky EA, Clifford PA, Jackson JBC, Kaufman LS, Knowlton
N, Lang JC, Pearson MP, Porter JW, Rooney MC, Rylaarsdam KW,
Tunnicliffe VJ, Wahle CM, Wulff JL, Curtis JSG, Dallmeyer MD, Jupp
BP, Koehl MAR, Neigel J, Sides EM 1981. Hurricane Allen's impact
on Jamaican coral reefs. Science 214: 749-755
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