Les bactéries
Généralités
Les
bactéries hétérotrophes, tirent leur énergie de
l’oxydation de la matière organique. Elles représentent une
part importante de la biomasse planctonique totale, et cette
contribution augmente avec le degré d’oligotrophie (Cho &
Azam 1990). La production de biomasse bactérienne représente
environ 10 à 30 % de la production primaire dans les écosystèmes
sans apports extérieurs de matière organique (Ducklow &
Carlson 1992). Comme le rendement de croissance bactérien est
bien inférieur à 50% (del Giorgio & Cole 1998), le flux de
matière traversant le compartiment bactérien (l'activité hétérotrophe
totale) représente un des flux majeurs dans les écosystèmes
aquatiques. Dans les écosystèmes recevant des apports extérieurs
la production de biomasse bactérienne peut atteindre des
valeurs du même ordre que la production primaire. Conditionnés
par la richesse du milieu et la température, les taux de
croissance bactériens varient ainsi sur 5 ordres de grandeur
(White et al 1991).
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Le
rôle des bactéries hétérotrophes dans les flux de matière
organique au sein de la colonne d’eau peut être résumé dans
le concept de «boucle microbienne » (ci-contre une
représentation simplifiée) venant se
greffer sur la chaîne trophique classique. Dans ce réseau, la
matière organique dissoute produite par l’excrétion du
phytoplancton et l’activité du zooplancton qui le consomme
(bris du phytoplancton, excrétion, pelotes fécales) est
consommée efficacement par les bactéries hétérotrophes.
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Cette biomasse bactérienne produite est consommée par le
nanoplancton hétérotrophe et retourne ainsi dans le réseau
trophique. Les éléments minéraux libérés de la matière
organique peuvent ainsi connaître une deuxième vie dans la
couche euphotique et servir à produire un surcroît de
production primaire, dite de régénération. Toutefois, ce rôle
varie considérablement avec l’état trophique de ces écosystèmes.
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Incidence des bactéries sur le fonctionnement des
milieux oligotrophes
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Un
premier effet de l’activité bactérienne est donc la
production d’un surcroît de biomasse exploitable par rapport
à celle des producteurs primaires..Cette biomasse bactérienne
est produite à partir de carbone organique particulaire ou
dissous qui serait autrement exporté de la couche euphotique
par sédimentation ou convection (Carlson et al 1994). La
production bactérienne s'exerçant dans la couche euphotique
limite les exportations de matière organique. Elle joue ainsi
un rôle déterminant dans la proportion du dioxyde de carbone
(fixé par la photosynthèse) qui sera séquestrée dans les
couches profondes océaniques.
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L’autre
effet majeur du fonctionnement de la boucle microbienne est la régénération
des éléments minéraux. Avec des rapports Carbone/Azote et
Carbone/Phosphore plus faibles que ceux des autres organismes
planctoniques (Lee & Fuhrman 1987), les bactéries elles-mêmes
ne libèrent généralement pas ces éléments. Cependant,
activement consommées par les protistes, elles participent à
la régénération des éléments nutritifs provenant de la matière
organique détritique lors de leur broutage. Le recyclage d'une
part des éléments nutritifs autrement exportés vers les
couches profondes sous forme d'organismes morts, de pelotes fécales
ou de matière organique dissoute permet une production dite
"de régénération" venant s'ajouter à la production
"nouvelle" issue de la diffusion des nutrients depuis
les couches profondes.
Toutefois,
cette vision simple et assez idéale doit être pondérée. Le
bactérioplancton peut combler ses besoins élevés en azote et
en phosphore au détriment du phytoplancton (Kirchman 1994,
Suttle et al 1990). La carence nutritive du phytoplancton,
accentuée par la compétition bactérienne, peut se traduire
par un mécanisme de « surflux ». La croissance
cellulaire et la division étant inhibées par la carence
nutritive et la photosynthèse continuant, les cellules
phytoplanctoniques excréteraient alors de larges quantités de
carbone organique dissous (Karl et al 1998) stimulant l'activité
bactérienne et augmentant ainsi le stress nutritif du
phytoplancton.
Incidence des bactéries sur le fonctionnement des
milieux eutrophes
Dans
les écosystèmes eutrophes, recevant généralement des apports
extérieurs, qu’ils soient d’origine terrestre ou benthique,
naturels ou issus de l’activité humaine, la production bactérienne
augmente considérablement et peut excéder la production
primaire. Le bactérioplancton est composé de cellules plus
grosses et une proportion importante est attachée sur des
particules. Elles peuvent être alors activement consommées
directement par des ciliés ou le meso-zooplancton et
accroissent ainsi la productivité terminale de ces écosystèmes
déjà riches. Le couple bactéries-protistes régénère les éléments
minéraux issus de la matière organique détritique. Ceux-ci
s’ajoutant aux apports directs aggravent ainsi
l’eutrophisation du milieu. Dans les cas extrêmes l'activité
bactérienne se traduit par une demande en oxygène telle
qu'elle conduit à l’anoxie où pratiquement seuls les
procaryotes peuvent subsister.
Conclusion
Ces
quelques exemples sur des écosystèmes aquatiques situés aux
deux extrémités de la gamme trophique montrent que bactérioplancton
hétérotrophe joue un rôle déterminant et varié dans leur
fonctionnement et dans leurs propriétés macroscopiques
(productivité, recyclage, rétention, exportation…). On sait
en effet maintenant que les conséquences de la boucle
microbienne dans le fonctionnement des réseaux trophiques
planctoniques dépendent très largement des conditions de
milieu (degré trophique, éléments limitants, structures de
tailles, etc., Legendre & Rassoulzadegan 1995). L'écologie
microbienne est donc une discipline essentielle dans l'étude
des cycles biogéochimiques au sein des écosystèmes
aquatiques.
Les
bactéries dans les lagons d’atoll
Dans
les lagons des Tuamotu, les bactéries sont de très petite
taille (diamètre moyen d’environ 0,4
µm)
et leur abondance varie entre 220 000 et 2 000 000 de cellules
par millilitre selon les atolls.
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Dans la plupart des lagons
d’atoll, les bactéries présentent donc une biomasse élevée
(le plus souvent entre 0,9 et 2 millions de cellules par
millilitre), représentant
1 à 3 fois
celle du phytoplancton en terme de carbone
et bien plus encore en terme d’azote ou de phosphore.
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On
distingue les bactéries hétérotrophes des cyanobactéries
(bactéries autotrophes, plus grosses - environ 1 µm,
fonctionnellement définies comme du phytoplancton), et de leurs
prédateurs comme les flagellés.
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La
composition des peuplements a été évaluée par des techniques
moléculaires. Très schématiquement, ce type d’analyse est
effectué en filtrant quelques litres d’eau sur une cartouche
filtrante retenant les bactéries. Les cartouches sont alors
remplies d’un milieu d’extraction de l’ADN et stockées à
–20°C. Au laboratoire, l’ADN est alors amplifié par PCR
avec des amorces universelles (spécifiques d’une région
variable du gène codant pour l’ARN 16S). Les produits
d’amplification sont alors séparés par électrophorèse (en
gradient dénaturant, exemple en figure
1A). Une analyse par
corrélation permet de grouper les échantillons par similarité
entre eux selon la position (caractéristique d’une « espèce »),
et l’intensité (caractéristique de son abondance) des
bandes.
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Ce
type d’analyse effectué sur les lagons des Tuamotu montre :
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Fig. 1A) Gel DGGE de quelques échantillons collectés
pendant la campagne TYP4 (Mars 96) |
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Fig. 1B) Dendrogramme montrant la similarité des échantillons
collectés pendant 3 campagnes de mesure (octobre 1994),
novembre 1995 et mars 1996. Tekokota (mars) et Ocean 6
(novembre) (en bas) sont contaminés. |
Cette
page est tirée des articles :
Hollibaugh
JT, J Pagès, JP Torréton and PS Wong (In press) Phylogenetic
variation in bacterial populations from 10 atoll lagoons in the
Tuamotu archipelago, French Polynesia. In: MJ Brylinsky (Ed.) Trends
in Microbial Ecology. In press.
Torréton
J-P, Pagès J, Talbot V (soumis.) Bacterioplankton and
phytoplankton biomass and production in Tuamotu atoll lagoons.
Références
citées:
Cho
BC, Azam F (1990) Biogeochemical significance of bacterial in
the ocean’s euphotic zone. Mar
Ecol Prog Ser 63: 253-259
Ducklow
H.W. and C.A. Carlson (1992) Oceanic bacterial production. Advances
in Microbial Ecology, 12: 113-181
Del
Giorgio P, Cole JJ (1998) Bacterial growth efficiency in natural
aquatic systems. Annu Rev
Ecol Syst 29 :503-541
Carlson
CA, HW Ducklow, AF Michaels (1994) Annual flux of dissolved
organic carbon from the euphotic zone in the northwestern
Sargasso sea Nature
371: 6496 : 405-408
Lee
S, Fuhrman JA (1987). Relationships between biovolume and
biomass of naturally derived marine bacterioplankton. Applied
and Environmental Microbiology 53 : 1298-1303.
Kirchman
DL(1994) The uptake of inorganic nutrients by heterotrophic
bacteria Microbial Ecology
28: 2 : 255-271
Suttle
CA, Fuhrman JA, Capone DG (1990) Rapid ammonium cycling and
concentration-dependent partitioning of ammonium and phosphate:
Implications for carbon transfer in planktonic communities. Limnol Oceanogr 35: 424-433
Karl
DM, Hebel DV, Bjorkman K, Letelier RM (1998) The role of
dissolved organic matter release in the productivity of the
oligotrophic North Pacific Ocean. Limnol
Oceanogr 43: 1270-1286
Legendre
L, Rassoulzadegan F (1995) Plankton and nutrient dynamics in
marine waters. Ophelia
41:153-172
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